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Les justes reproches – Tristan L’Hermite

Cinq papillons, Odilon Redon (1912)

Tableau : Cinq papillons, Odilon Redon, 1912

CLorinde ie le cognoy bien
Mes soins n’obtiendront iamais rien
D’vne ingratitude si noire.
Ma plainte aigrist vostre rigueur,
Et bien loing d’estre en vostre cœur,
Si ie suis en vostre memoire
C’est pource que vous faites gloire
De me voir mourir en langueur.

I’ay beau par mille inuentions
Vous descouurir mes paßions
Et les rigueurs de vostre Empire :
I’ay beau vous monstrer mes desirs
Et vous conter mes déplaisirs ;
Vous ne faites iamais que rire
De mon trouble & de mon martyre,
De mes pleurs & de mes souspirs.
Si i’approche de vostre lict
Quand vostre beau corps l’embellit
Et met les Graces à leur aise :
Dés que ie regarde vos bras,
Si bancs, si polis, & si gras,
Dont la neige augmente ma braise,
De crainte que ie ne les baise,
Vous les retirez dans vos draps.

Mes pleurs ont fait assez d’effort
Ie ne sçay plus rien que ma mort,
Qui puisse adoucir vostre haine :
Puisque c’est inutilement
Que ie vous conte mon tourment,
Belle ingrate, belle inhumaine,
Il faut sortir de cette peine
Par la porte du monument.

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