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Mare tenebrarum – Pierre Quillard

La mer avec un voilier, Arkhip Kouïndji (1879)

Tableau : La mer avec un voilier, Arkhip Kouïndji, 1879

A Emile Gallé.

Durant les jours de brume et les soirs sans étoiles
Le vent triste a fané la pourpre de nos voiles;
Mais nos coeurs s’attardant aux soleils révolus
Oubliaient le deuil vain des flux et des reflux.

La barque tressaillait de la poupe à la proue
Avec le ronflement d’un cheval qui s’ébroue;
Mais nos coeurs enchantés de chants évanouis
Oubliaient la clameur des vagues et des nuits.

Hier l’Aurore brusque a jailli de nos rêves;
Le marbre bleu des mers et l’or fauve des grèves
Eblouissaient nos yeux brûlés par les embruns
Et le dragon rostral s’enivrait de parfums.

Mais l’ombre en flocons noirs a neigé sur nos âmes,
L’ombre que nul soleil ne fondra de ses flammes
Et déjà le dragon, loin des havres heureux,
Mord les antiques flots glacés et ténébreux.

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