Sélectionner une page

Mare tenebrarum – Pierre Quillard

Mare tenebrarum – Pierre Quillard

A Emile Gallé.

Durant les jours de brume et les soirs sans étoiles
Le vent triste a fané la pourpre de nos voiles;
Mais nos coeurs s’attardant aux soleils révolus
Oubliaient le deuil vain des flux et des reflux.

La barque tressaillait de la poupe à la proue
Avec le ronflement d’un cheval qui s’ébroue;
Mais nos coeurs enchantés de chants évanouis
Oubliaient la clameur des vagues et des nuits.

Hier l’Aurore brusque a jailli de nos rêves;
Le marbre bleu des mers et l’or fauve des grèves
Eblouissaient nos yeux brûlés par les embruns
Et le dragon rostral s’enivrait de parfums.

Mais l’ombre en flocons noirs a neigé sur nos âmes,
L’ombre que nul soleil ne fondra de ses flammes
Et déjà le dragon, loin des havres heureux,
Mord les antiques flots glacés et ténébreux.

Archives par mois