
Marc Chagall
« Il prend une église et peint avec une église / Il prend une vache et peint avec une vache », écrivait Blaise Cendrars dans son portrait de Marc Chagall. Tout est là : chez lui, les objets les plus ordinaires, une horloge, une bouteille, un cheval, entrent dans la peinture chargés de souvenirs, et flottent parfois où ils veulent. Ce mur couvre un demi-siècle, de 1914 à 1966, et suit le peintre de Vitebsk jusqu’à la Côte d’Azur.
Il était né Moïche Chagalov en 1887 à Liozna, près de Vitebsk, dans une famille juive hassidique : sa mère tenait une épicerie, son père travaillait dans un entrepôt de harengs. Formé à Vitebsk puis à Saint-Pétersbourg, auprès de Léon Bakst, il arrive à Paris en 1911, découvre le fauvisme finissant et le cubisme naissant sans jamais adhérer à aucune école, et se lie avec Cendrars et Apollinaire.
Vitebsk, la guerre, la révolution
La plus ancienne toile, Horloge (1914), date de l’année où il rentre à Vitebsk pour ce qu’il croit être un court séjour : la guerre l’y retient. Il épouse Bella Rosenfeld en 1915 et peint la vie de la communauté juive, alors persécutée. Cimetière et Apparition, toutes deux de 1917, viennent de ces années russes ; après la révolution, Chagall devient commissaire aux beaux-arts de Vitebsk et y fonde une école d’art, avant de partir pour Moscou.
Paris, l’exil, le retour
Reparti en 1922 pour Berlin puis Paris, il travaille pour Ambroise Vollard aux Fables de La Fontaine et aux Âmes mortes de Gogol. De ces années viennent Le Ruisseau et Les Amoureux et la lune (1926), puis Le violoniste bleu (1929) et Un village en hiver (1930), où Vitebsk revient souvent. Arrêtez-vous devant les amoureux : le site y a accroché Son nom de Victor Hugo et Une femme m’attend de Walt Whitman, deux façons de dire ce que la toile montre.
Naturalisé français en 1937, arrêté au printemps 1941, Chagall gagne les États-Unis grâce au journaliste Varian Fry et vit en exil à New York. Un champ de blé par un après-midi d’été (1942) et Cheval, tes rêves (1944) datent de l’exil ; 1944 est aussi l’année de la mort de Bella, qui pèse alors sur le choix de ses sujets. En 1948, il s’installe à Vence : La bouteille de bordeaux (1950) ouvre la dernière période, celle des céramiques, des vitraux et des mosaïques, que le mur n’évoque qu’à travers la peinture. Le dauphin mort et les trois cents écus (1961) et L’arbre rouge (1966) ferment la salle, peints l’un et l’autre dans les années où il travaille aux vitraux, commencés à Metz en 1959. Il meurt à Saint-Paul-de-Vence en 1985.
Manquent ici les grandes toiles de la période parisienne d’avant 1914 et le cycle du Message biblique de Nice ; mais la fidélité à Vitebsk, elle, traverse tout le mur.



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Pour aller plus loin
- Chagall, ivre d’images, Gallimard, 2025
- Chagall politique, Gallimard, 2023
- Chagall, Paris-New York, Hazan, 2023
Guillain Méjane



















