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Jean Cocteau — Celui qui a tout fait, et qu’on n’a jamais cru sérieux

Jean Cocteau — Celui qui a tout fait, et qu’on n’a jamais cru sérieux

1889 — 1963

Je n’aime pas dormir quand ta figure habite,
La nuit, contre mon cou ;
Car je pense à la mort laquelle vient trop vite,
Nous endormir beaucoup.

Plain-Chant

Quatre vers, une chambre, quelqu’un qui dort contre vous, et la mort qui passe dans le troisième. Le mètre alterne le long et le court, comme une respiration qui se raccourcit.

Il a écrit cela en 1923. C’est de la poésie pure, et c’est l’homme dont on répétait qu’il était trop mondain pour être un vrai poète.

Le procès en légèreté

Poèmes, romans, dessins, films, ballets, théâtre, décors, fresques, chapelles — il a tout fait, avec tout le monde, et ce fut sa condamnation. Les surréalistes l’ont détesté, Gide l’a méprisé, la critique l’a traité de virtuose.

Il le savait et il en jouait : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » L’aphorisme est joli, ce qui a permis de ne pas le prendre au sérieux — encore une fois.

Ce que la poésie tenait

Elle a pourtant traversé toute sa vie et elle en est le centre. Il classait tout sous ce mot : poésie de roman, poésie de théâtre, poésie de cinéma, poésie graphique. Le reste n’était que des supports.

Ses poèmes vont du calligramme cubiste de 1919 — « Batterie », « Solo de trompette bouchée » — à la gravité de Plain-Chant, puis aux Poèmes écrits en allemand et aux textes tardifs, « Décadence nucléaire », « Le crépuscule des dieux ».

Traversent aussi ces pages les noms de ceux qu’il a aimés et perdus : Max Jacob, Picasso, Barrès, Colette, Malraux, Marais. C’est une œuvre entièrement peuplée.

L’opium et Radiguet

En 1923, Raymond Radiguet meurt à vingt ans de la typhoïde. Cocteau s’effondre, entre à l’opium et y restera par intermittence toute sa vie — « Bonté de l’opium », dit un des poèmes réunis ici, et le titre n’est pas ironique.

Académie française en 1955, mort à Milly-la-Forêt en 1963, quelques heures après avoir appris la mort de Piaf. On a dit que c’était bien dans sa manière. Ce n’était qu’une coïncidence, et il est mort quand même.

Choix de textes

  • Plain-chant — « Je n’aime pas dormir quand ta figure habite. » Le sommet de son œuvre en vers.
  • Batterie — 1919, le soleil adoré à plat ventre. Le cubisme passé au poème.
  • Solo de trompette bouchée — Le titre est une indication de jeu. Tout est là.
  • Bonté de l’opium — Le titre n’est pas ironique, et c’est ce qui le rend difficile.
  • Hommages à Max Jacob — Mort à Drancy en 1944. Cocteau avait tenté de le faire libérer.
  • Colette — Sa voisine du Palais-Royal, sa grande amie, et sa devancière à l’Académie.
  • À Jean Marais — Sans détour ni précaution. En 1937, cela ne se faisait pas.
  • Uccello — Le peintre de la perspective, chez l’homme qui dessinait tous les jours.
  • La mort des jeunes gens de la divine Hellade — La Grèce, la jeunesse, la mort : ses trois mots, dans un seul titre.
  • Décadence nucléaire — Le Cocteau tardif regarde le siècle en face, et ne plaisante plus.

Pour le lire

Vocabulaire, Plain-Chant et autres poèmes — le grand livre de vers de 1923, écrit à la mort de Radiguet, en Poésie/Gallimard.

Vocabulaire (1922) · Opéra (1927) · Le Requiem (1962).

Les Enfants terribles (1929) · Thomas l’imposteur (1923) — les romans.

La Belle et la Bête (1946) · Orphée (1950) · Le Testament d’Orphée (1960) — les films.

Guillain Méjane

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