
Mario Sironi
Des faubourgs, une cheminée d’usine, un port, une église de banlieue : Mario Sironi a fait de la périphérie des villes un sujet de peinture à part entière, et ses « périphéries » sont restées célèbres. Ce petit mur en donne l’essentiel, du début des années 1920 à l’immédiat après-guerre.
Né en 1885 à Sassari, en Sardaigne, Sironi grandit à Rome. Il abandonne ses études d’ingénieur pour l’Accademia di San Luca et l’atelier de Giacomo Balla, où il se lie avec Gino Severini et Umberto Boccioni ; ses premières recherches s’inspirent du pointillisme. En 1914, il s’établit à Milan et se rapproche des futuristes, avec qui il part comme volontaire cycliste pendant la Première Guerre mondiale, aux côtés de Marinetti et d’Antonio Sant’Elia.
Au début des années 1920, sa peinture reste futuriste, mais ses formes deviennent de plus en plus monumentales et tendent vers la peinture métaphysique. Un Paysage urbain de 1921 est précisément l’exemple que l’on cite de ce tournant ; le mur en présente un, de cette année-là, et un autre de 1924. Le premier accompagne ici La vie m’écœure comme un remède inutile de Fernando Pessoa, rencontre juste entre deux solitudes urbaines. En 1922, Sironi rejoint le groupe Novecento et son retour à la figuration ; contrairement à beaucoup de ses membres, il ne laissera jamais la stylisation devenir un stéréotype. Port date de 1926.
Il faut dire aussi l’engagement. Illustrateur au Popolo d’Italia de Mussolini, Sironi oriente dans les années 1930 son travail vers des œuvres monumentales, peintures murales, mosaïques, fresques, destinées à célébrer le régime fasciste ; en 1932, il est l’artiste le plus employé pour l’exposition de la Révolution fasciste à Rome. Paysage urbain avec cheminée (1936) appartient à ces années. Clin d’œil du hasard, il accompagne ici le portrait de Théodore Weustenraad, « le premier à avoir mis une machine à vapeur en alexandrins ».
Après la guerre, la peinture de Sironi devient sombre et dramatique ; il renonce à l’éloquence monumentale pour des toiles de petit format. Église de banlieue ou La cathédrale (1946) appartient à ce dernier moment, où la périphérie redevient ce qu’elle était au départ : un lieu à l’écart. Manquent ici les œuvres futuristes, Il camion ou Il ciclista, et les grands décors muraux.



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Pour aller plus loin
- L’ombre de la nuit, Librairie philosophique J. Vrin, 2019
Guillain Méjane



















