
Zinaïda Serebriakova
Deux autoportraits encadrent ce mur, à vingt-sept ans d’écart. Le premier, de 1907, est celui d’une jeune femme de la propriété de Neskoutchnoïe – « Sans-Souci » –, près de Kharkiv, issue de la famille d’artistes Lanceray-Benois, qui a étudié à Paris en 1905-1906, à l’Académie de la Grande Chaumière, et s’est mariée peu avant avec son cousin germain. Le second, de 1934, est celui d’une émigrée qui vit à Paris depuis dix ans, séparée d’une partie de ses enfants restés en Russie. Entre les deux, une révolution. Regardez-les l’un après l’autre : c’est la façon la plus directe d’entrer dans cette salle.
Zinaïda Serebriakova est d’abord une peintre de figures, de nus et de portraits. Nièce du peintre Alexandre Benois, fondateur du Mir Iskousstva, élève d’Ilia Répine, elle se fait connaître en 1909 avec un Autoportrait à la table de toilette d’une modernité surprenante. Ses premières toiles montrent la campagne russe et les traditions populaires, avec des formes souvent monumentales. De cette période, le mur garde Pommes (1910) et Dans les montagnes, Suisse (1914).
En 1917, la Révolution d’Octobre la surprend à Neskoutchnoïe. Son mari meurt du typhus en 1919, contracté dans les prisons bolcheviques ; ruinée, avec quatre enfants et sa mère à charge, elle abandonne l’huile pour le fusain et le crayon et refuse de faire le portrait des commissaires politiques. En 1924, elle émigre à Paris. Le Portrait d’Alexandre Benois est de cette même année 1924 : l’oncle et la nièce, deux artistes de la même lignée, au moment où elle prend le chemin de l’exil.
Les toiles de l’exil couvrent le reste du mur. À Paris, elle est d’abord tentée par une palette plus sombre. Puis viennent les voyages : invitée par son mécène belge, le baron Jean de Brouwer, elle part en Afrique en 1928 et en 1930 et se rend au Maroc, où elle est fascinée par les paysages de l’Atlas et dessine des femmes arabes et des paysages aux couleurs vives. Marrakech (1932) appartient à ce cycle marocain ; sur le site, la ville marocaine accompagne, curieusement, un paysage de Lamartine, Poésie, ou Paysage dans le golfe de Gênes. Panier avec sardines (1930) et Alpes, Annecy (1933) complètent ces années où elle ne cesse de voyager.
Ce qui manque ici, ce sont les nus, les scènes de la campagne russe et les portraits de Bigoudènes qu’elle peindra en Bretagne. Serebriakova reçoit la nationalité française en 1947 ; une grande rétrospective lui est consacrée en URSS en 1960, après trente-six ans d’absence. Elle meurt à Paris en 1967.


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Guillain Méjane



















