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Friedrich Nietzsche — Le philosophe au marteau, et des vers de jeune homme triste

Friedrich Nietzsche — Le philosophe au marteau, et des vers de jeune homme triste

1844 — 1900

Au loin, au loin
Luisent les étoiles de ma vie,
Et je contemple avec tristesse
Mon bonheur de jadis,

Au loin

Voilà qui ne ressemble pas à l’homme qu’on croit connaître. Pas de marteau, pas de surhomme, pas de gai savoir : un jeune homme qui regarde ses étoiles de loin et qui a le mal du pays.

Ces poèmes sont pour la plupart de sa jeunesse — Naumbourg, Pforta, les années d’étude. Il avait alors dix-huit ou vingt ans, il jouait du piano, il composait, et il écrivait ce que sa génération écrivait.

Un romantique qu’il a fallu tuer

C’est l’intérêt de ces pages. Toute la philosophie de Nietzsche est une guerre contre le romantisme — contre Wagner, contre la nostalgie, contre la pitié, contre l’attendrissement sur soi.

Or il en venait. « Sans patrie », « Nostalgie », « Retour », « Automne », « Belle au bois dormant » : ce qu’il a combattu toute sa vie, il l’avait d’abord écrit. On ne renverse bien que ce qu’on a habité.

Le poète qu’il est devenu

Il n’a jamais cessé d’écrire des vers, et sa prose la plus haute en est faite : Ainsi parlait Zarathoustra est un poème en prose d’un bout à l’autre, et les Dithyrambes de Dionysos, écrits à la veille de l’effondrement, sont ce qu’il a fait de plus violent.

Il tenait la forme pour une affaire sérieuse. « Ce qui compte, c’est le rythme », disait-il, et il reprochait aux Allemands de lire trop vite.

Turin, 1889

Le 3 janvier, il s’effondre sur une place de Turin en embrassant un cheval qu’un cocher battait. Il lui restait onze ans à vivre, sans conscience, soigné par sa mère puis par sa sœur — laquelle a ensuite falsifié ses manuscrits pour les rendre présentables à l’extrême droite allemande.

Il faut le savoir en le lisant. Ce qu’on a fait de lui après sa mort n’est pas de lui.

Choix de textes

  • Au loin — Un jeune homme qui a le mal du pays. Rien du philosophe au marteau.
  • Sans patrie — Il le sera vraiment : apatride volontaire à partir de 1869.
  • Nostalgie — Ce qu’il combattra toute sa vie, il l’a d’abord écrit.
  • Retour — Le mot deviendra un concept — l’éternel retour. Ici, c’est le mal du pays.
  • Chansons — Il composait aussi de la musique. Cela s’entend.
  • Chant de mai — Le genre allemand par excellence, pratiqué sans distance.
  • Droit vers la vallée, droit vers la hauteur — La montagne comme lieu de pensée : cela ne le quittera plus.
  • Je suis debout sur la falaise nue — La position exacte de Zarathoustra, vingt ans plus tôt.
  • Je voudrais être une alouette — Un souhait de jeune homme, chez celui qui écrira contre les souhaits.
  • Saaleck — Un château de Thuringe, près de chez lui. Le lieu est réel.

Pour le lire

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885) — un poème en prose d’un bout à l’autre.

Dithyrambes de Dionysos (1888) — écrits à la veille de l’effondrement, ce qu’il a fait de plus violent.

Le Gai Savoir (1882), qui s’ouvre et se ferme sur des poèmes.

⚠️ Sa sœur a falsifié ses manuscrits après sa mort pour les rendre présentables à l’extrême droite allemande. Ce qu’on a fait de lui n’est pas de lui.

Guillain Méjane

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