
Théodore Weustenraad — Le premier à avoir mis une machine à vapeur en alexandrins

1805 — 1849
Dieu le veut !
Place, place au torrent ! il grossit, il s’avance !
Pour arrêter sa marche et dompter sa puissance,
En vain les rois du monde ont uni leurs efforts ;
La Démocratie
La Belgique vient de naître — 1830 — et il faut lui inventer une littérature. Weustenraad est de ceux qui s’y attellent, et il choisit le sujet que personne ne voulait : les usines.
Son poème Le Remorqueur, puis Le Haut Fourneau, chantent la machine, la vapeur, le charbon, les hauts fourneaux du pays de Liège. En 1840. Cinquante ans avant Verhaeren, soixante avant les futuristes.
Un homme de frontière
Né à Maastricht, de langue maternelle limbourgeoise, il écrit en français par choix politique — le français était alors la langue de l’émancipation, celle de la révolution belge.
Il a été avocat, journaliste, procureur du roi, puis inspecteur de l’enseignement. Il a aussi écrit en dialecte, dont un long poème resté longtemps clandestin pour cause d’obscénité.
Le poète industriel
Ce qu’il fait est difficile et il le sait : prendre la machine — laide, bruyante, sans passé littéraire — et lui appliquer l’alexandrin romantique le plus noble. Le résultat grince, et c’est justement ce qui est intéressant.
« Prière au bord d’une houillère » : le titre à lui seul est un programme. On prie au bord d’une mine, comme on priait au bord d’un lac chez Lamartine, et la substitution est un manifeste.
L’autre versant
« La Démocratie », « Hymne au siècle », « Aux conquérants parisiens », « À la statue de la patrie » : il croyait au progrès, au peuple et à la Belgique avec une ferveur totale, celle de 1830.
Et puis « L’heure noire », « Amertume », « Chute et pardon », qui disent autre chose. Il est mort du choléra à Liège en 1849, à quarante-trois ans, dans une épidémie que le progrès n’avait pas empêchée.
Choix de textes
- La Démocratie — « Place au torrent ! » La ferveur de 1830, sans une once de doute.
- Prière au bord d’une houillère — On priait au bord d’un lac chez Lamartine. La substitution est un manifeste.
- Hymne au siècle — Le sien, et il y croyait entièrement.
- Aux conquérants parisiens — La Belgique neuve s’adresse à la France. Le ton n’est pas celui d’un cadet.
- La ville natale — Maastricht, où l’on ne parlait pas la langue dans laquelle il écrit.
- L’heure noire — L’autre versant, celui que la ferveur recouvrait.
- Amertume — Un seul mot, chez un homme qui en employait beaucoup.
- Chute et pardon — Le schéma chrétien complet, en deux mots et un poème.
- À la statue de la patrie — Un pays de dix ans se fait ériger des statues. Il les commente.
- Mœurs — Le tableau de société, où le procureur du roi se laisse entendre.
Pour le lire
Le Remorqueur (1842) · Le Haut Fourneau — la machine et la vapeur en alexandrins, cinquante ans avant Verhaeren.
Poésies lyriques (1844).
Il a écrit aussi en dialecte limbourgeois, dont un long poème longtemps clandestin pour obscénité.
Guillain Méjane






















