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Egon Schiele

Ni autoportrait grimaçant ni nu désarticulé : ce mur montre Egon Schiele là où on ne l’attend pas, devant des maisons, des arbres et une rivière. Ce Schiele-là existe bien, même s’il est plus rare, et il dit autant de lui que les corps qui l’ont rendu célèbre.

Né en 1890 dans la gare de Tulln, sur le Danube, où son père était chef de gare, Schiele entre à seize ans à l’Académie des beaux-arts de Vienne, dont il supporte mal l’enseignement. Il découvre Klimt, s’approprie sa manière, puis s’en libère dès 1909 : « J’ai fait le tour de Klimt », écrit-il. La guerre, qu’il traverse à l’arrière, ne l’empêche pas de peindre ; à la mort de Klimt, en 1918, il s’impose comme le premier des artistes viennois. Il meurt la même année, le 31 octobre, emporté par la grippe espagnole comme sa femme Edith, enceinte.

Les deux toiles de 1908, Maison entre les arbres et Maison à travers les arbres, appartiennent aux années d’apprentissage : Schiele a dix-huit ans, et ses premiers paysages doivent encore beaucoup à l’impressionnisme. Soleil d’automne I (1912) est déjà tout autre. Comme dans ses propres poèmes de jeunesse, Schiele préfère l’automne et peint des arbres frêles, isolés, auxquels il semble s’identifier ; il évoquait dans une lettre « les mouvements corporels des montagnes, de l’eau, des arbres et des fleurs ».

La Façade sur la rivière (1915) montre ces villes qu’il préférait aux métropoles, petits bourgs du Danube ou de la Moldau, souvent déserts, bordés d’une eau sombre. Le site l’a placée auprès de La Séparation de Marceline Desbordes-Valmore ; or 1915 est l’année où Schiele quitte sa compagne et modèle Wally Neuzil pour épouser Edith Harms.

Il faut regarder longtemps la Maison avec du linge qui sèche (1917), dernière toile du mur. Dans ses dernières années, les « effroyables hôtes » dont parlait son ami le peintre Albert Paris Gütersloh laissent place à des observations plus concrètes, dont justement le linge qui sèche ; les couleurs s’éclaircissent, les façades semblent se réveiller. Schiele peignait de mémoire : « Le dessin de nature ne signifie rien pour moi », assurait-il. Ce linge au vent, peint un an avant sa mort, est une image paisible, chose rare chez lui.

Maison entre les arbres, Egon Schiele (1908)
Maison entre les arbres1908Titre original : Haus zwischen BäumeAccompagneDe la Guerre – Auguste Brizeux · Mon amour et mes songes - Jean Cocteau · Un jour je vis le sang couler de toutes parts – Victor Hugo
Maison à travers les arbres, Egon Schiele (1908)
Maison à travers les arbres1908AccompagneDelfica – Gérard de Nerval · Fleur de lis – Alexandre Macédonski · Les aveugles - Léon Degrelle
Voir les autresLouis Chadourne — Il a fait le tour du monde et il est mort à trente-cinq ans
Soleil d'automne I, Egon Schiele (1912)
Soleil d'automne I1912Titre original : Soleil d'automne 1AccompagneAprès la bataille – Victor Hugo · Ciel – Rainer Maria Rilke · Etant de quart – Jean Richepin
Voir les autresJ'ai vu un arbre - Edith Södergran · L’esprit de la mer – Maurice Magre · L’ombre vient, les paupières closes – Renée Vivien · Le Roman – Maurice Rollinat · Les cloitres – Émile Verhaeren · Les Étoiles bleues – Maurice Rollinat · Les Trois Toc Toc – Maurice Rollinat · Voici la Noël, mon homme – Théodore Botrel
Façade sur la rivière, Egon Schiele (1915)
Façade sur la rivière1915AccompagneÀ la même. III – Paul Verlaine · Apologie à l’automne – Albert Lozeau · De nos tremblantes mains – Rainer Maria Rilke
Voir les autresDevant une tête de mort – Georges Rodenbach · Évocations – Maurice Rollinat · Extase. – Alphonse Esquiros · Je meurs d’amour, je suis amoureux comme un chien – Maurice Bouchor · L’arbre inconnu – Daniel Thaly · La bonne nouvelle – Auguste Gilbert de Voisins · La Demeure du passé – Renée Vivien · La Nymphe des Bois de Versailles – Sully Prudhomme · La Séparation – Marceline Desbordes-Valmore · Le calcul, c’est l’abîme – Victor Hugo · Le Destin du Poète – Anna de Noailles · Le Pigeon Messager – Pierre-Jean de Béranger · Le roux – Franc-Nohain · Les coupeurs de roseaux – Pierre Quillard · Les Musées – Germain Nouveau · Les Parfums – Maurice Rollinat · Ne m'en racontez plus, mes yeulx – Charles d’Orléans · Néant – Francis Picabia · Pascal – Lucie Delarue-Mardrus · Poëme – Théophile Gautier · Pour Madelon – Marie Krysinska · Regards – Maurice Maeterlinck · Trois petits préludes – Louis Chadourne
Maison avec du linge qui sèche, Egon Schiele (1917)
Maison avec du linge qui sèche1917AccompagneElle écarte en passant – Renée Vivien · J’entendais ; vos amis m’ont traité sous vos yeux – Georges de Porto-Riche · L’Institut de France – Sully Prudhomme
Voir les autresLa Nuit latente – Renée Vivien · La vie ! Une chambrée. On ne peut à l’écart – Jean Richepin · Le Poète et la Muse – Paul Verlaine · Les fleurs rares – Guillaume Apollinaire · Les grandes aiguilles - Nérée Beauchemin · Petits mystères – Jules Laforgue

Guillain Méjane