
Louis Chadourne — Il a fait le tour du monde et il est mort à trente-cinq ans

1890 — 1925
La nuit gonflée de pluie et de semences
A pris dans son remous les maisons et les arbres.
Une inquiète douceur coule le long des rues.
Cette goutte chaude sur ma main, est-ce la pluie ?
Vergers
La question du dernier vers reste ouverte, et c’est tout le poème : cette goutte chaude, est-ce la pluie ? On ne saura pas, et il n’y a pas de réponse à chercher.
Ce n’est ni du vers régulier ni de la prose : c’est du verset, tenu par le souffle, avec une précision d’image que très peu de ses contemporains atteignaient.
La guerre, puis le monde
Corrézien, il a fait la guerre de 1914, y a été blessé et gazé. Il n’en est jamais sorti tout à fait — la santé détruite, l’opium ensuite.
Il est alors parti : les Antilles, la Guyane, le Brésil, l’Amazonie, puis le Pacifique. Il en a tiré Le Pot au noir et Terres mortes, des récits de voyage qui n’ont rien de l’exotisme d’époque — c’est un homme malade qui regarde des pays où il ne guérira pas.
Une famille de lettres
Ses deux frères écrivaient aussi : Marc Chadourne, romancier voyageur qui a eu le prix Femina, et Paul. Ils formaient une petite dynastie corrézienne dans le Paris des années vingt.
Louis fut proche des surréalistes naissants sans jamais entrer dans le groupe, et de la NRF sans jamais y avoir sa place.
1925
Il est mort à trente-cinq ans, d’une infection contractée en voyage aggravée par tout le reste. Il laissait quatre livres et une réputation de promesse.
Le Vagabond en garde quatre poèmes. « Calme », « Image », « Trois petits préludes » — les titres disent la retenue d’un homme qui aurait eu de bonnes raisons de crier.
Choix de textes
- Vergers — « Cette goutte chaude sur ma main, est-ce la pluie ? » La question reste ouverte.
- Calme — La retenue d’un homme qui aurait eu de bonnes raisons de crier.
- Image — Un mot pour titre, et une précision que peu de ses contemporains atteignaient.
- Trois petits préludes — Le diminutif est une politesse : ce ne sont pas de petits poèmes.
Pour le lire
Le Pot au noir (1922) · Terres mortes (1923) — les récits de voyage, sans rien de l’exotisme d’époque.
L’Inquiète Adolescence (1920) · Accords — les vers.
Blessé et gazé en 1914, il est mort à trente-cinq ans en laissant quatre livres.
Guillain Méjane























