Pour Madelon – Marie Krysinska
L’humble convoi suit
La route bordée de peupliers,
Précédé du prêtre en surplis
Et d’un enfant de chœur dont les gros souliers
Sonnent sur les cailloux luisants,
Le cercueil est porté par quatre paysans.
Le drap noir qui le couvre orné d’une croix blanche
Cahote, à chaque pas. Le bois des planches
En est geignant.
Une vieille femme, hagarde
Et comme ivre, suit en trébuchant.
C’est son fils qu’on emporte sous ce drap,
Sous ce drap noir,
Son beau François,
Qui n’avait pas son pareil pour l’ouvrage aux champs,
Aussi pour les chansons à la veillée le soir.
Ah ! sûrement,
Beaucoup de bonnes gens
Enviaient
La gloire de sa maternité fière,
Et plus d’une jeunesse rêvait
De devenir sa bru, de l’appeler sa mère.
Et voilà que, l’autre jour, au cabaret,
Pour cette Madelon, au sourire effronté,
Aux yeux de jeteuse de sorts,
Deux jeunes hommes se sont attaqués
De querelle d’abord,
Puis les bouteilles et les cruches ont volé.
Et François, son François, tombait
Le crâne fracassé.
Il est tombé ; le gars robuste, avec aux dents
Un lambeau sanglant
De son rival, et le nom de la fille.
Il est tombé comme un cerf belliqueux
À la saison d’amour,
Lorsque le soleil de mai chauffe et brille
Comme en ce radieux
Et terrible jour.
Elle sourit de toute part, à cet instant,
L’ingénue saison printanière,
Les fraîches feuillaisons frémissent et remuent
Avec un bruissement léger — comme battues
Par une averse de lumière ;
La pleureuse voit ces fraicheurs et ces splendeurs
Déchiquetées au prisme de ses pleurs
Où le soleil s’effiloche comme une guenille d’or.
Les couleurs suaves des calices dans l’herbe
Ne sont qu’une boue grise, infiniment funèbre,
Pour l’âpre désespoir qui les regarde.
La vieille femme, hagarde
Et comme ivre, suit en trébuchant.
Des souvenirs montent à son cerveau dément,
Souvenirs du temps
Où le gamin buvait à ses mamelles
Avec, dans ses douces prunelles,
Des regards aussi beaux que ceux des séraphins
À l’Église, entourant Marie en sa chapelle.
Voici qu’on en approche, de cette église, enfin,
Pensent les hommes qui peinent sous la chaleur
À porter le poids de la bière.
Et le cœur de la vieille crève de douleur,
Tandis qu’au petit cimetière,
Vert et fleuri comme
Une multitude d’oiseaux assemblés
Chante le Printemps triomphant,
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}L’irresponsable printemps
Conseiller des amoureux rêves,
Parmi les brises et les fleurs,
Parmi les ferventes senteurs
Des résines et des sèves.