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Le Missel – Albert Giraud

Le Missel – Albert Giraud

A Maurice Desombiiutx.
Vous êtes, ô ma sœur, un missel profané,
Un missel byzantin fleuri de fleurs obscènes,
Historié naguère en des veilles malsaines,
Au fond d’un couvent grec, par un moine damné.

O missel du péché suave qui m’est cher !
Garde à mon seul désir ta caresse féline,
Ta féline caresse, astucieuse et fine,
Et le soyeux baiser de ton vélin de chair.

Garde-moi la ferveur de ton texte pieux
Où des roses de feu, saignantes et cruelles,
Mêlent avidement leurs lèvres sensuelles
Et l’haleine de leurs secrets silencieux ;

Tes bourreaux lamés d’or de la nuque à l’orteil
Qui s’enivrent de voir, sous le vol de leurs flèches,
Les seins martyrisés mûrir comme des pêches
Sur de grands crucifix d’ébène et de soleil ;

Tes anges, et leur grâce ambiguë, à genoux
Pour la communion érotique, si frêles
Qu’ils laissent retomber le luxe de leurs ailes
Sur la honte d’un spasme invisible et très doux ;

Et tes vierges marchant vers de pâles berceaux,
Levant au ciel naïf les yeux de leur faiblesse,
Sans même se douter qu’elles tiennent en laisse,
Au lieu de leurs brebis, d’équivoques pourceaux !

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