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Charles Van Lerberghe — Celui qui a fait chanter Ève

Charles Van Lerberghe — Celui qui a fait chanter Ève

1861 — 1907

Veilles-tu, ma senteur de soleil,
Mon arôme d’abeilles blondes,
Flottes-tu sur le monde,
Mon doux parfum de miel ?

Veilles-tu, ma senteur de soleil

Ces vers ont été chantés dans le monde entier sans qu’on sache de qui ils sont. Gabriel Fauré en a fait La Chanson d’Ève, l’un de ses cycles les plus purs, en puisant dans un livre de Charles Van Lerberghe paru en 1904.

Le compositeur a survécu, le poète non. C’est une injustice ordinaire, et elle est ici particulièrement nette : les mots tiennent parfaitement sans la musique.

Un Belge du cercle de Maeterlinck

Né à Gand en 1861, orphelin tôt, il fait ses études au collège Sainte-Barbe aux côtés de Maeterlinck et de Grégoire Le Roy — trois camarades de classe qui feront le symbolisme belge à eux seuls.

Il écrit peu et lentement. Entrevisions en 1898, La Chanson d’Ève en 1904 : deux livres en vingt ans, et une pièce, Les Flaireurs, qui passe pour l’un des premiers textes du théâtre symboliste.

Ève avant la faute

La Chanson d’Ève est un cycle où la première femme découvre le monde en le nommant. Elle parle aux fleurs, à la lumière, à sa propre odeur. Rien ne se passe : c’est un livre entier consacré à l’instant qui précède tout.

Le procédé pourrait être fade ; il ne l’est jamais, parce que la langue est d’une simplicité extrême et que chaque poème est court. « Veilles-tu, ma senteur de soleil » — on ne peut pas faire plus léger, ni plus difficile à réussir.

Et il y a l’autre face : « La Poussière m’a dit », où la voix du démon rappelle à Ève qu’elle est chair, limon et fange. Le livre n’est pas naïf ; il sait très bien ce qui va suivre.

Quarante-six ans

Frappé d’une attaque en 1906, à peine son livre paru, il meurt à Bruxelles l’année suivante sans avoir vu la gloire que Fauré donnerait à ses vers.

Choix de textes

Pour le lire

La Chanson d’Ève (1904) — le cycle dont Fauré a tiré son œuvre la plus pure.

Entrevisions (1898) · Les Flaireurs (1889) — l’un des premiers textes du théâtre symboliste.

Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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