Lune en mer – Marie Krysinska
Sur le vaste sein de la Mer,
Tandis que notre paquebot poursuit sa route,
Vois cette avalanche de rayons clairs
Versés par la Lune de la céleste voûte.
Cela coule en larges gouttes de lait
Chu de la mamelle des troupeaux olympiens
Qu’une main de déesse eût trait
Aux beaux paturages aériens.
Et c’est comme une volée de flèches d’argent,
Échappées à l’arc infaillible de Diane,
Qui vont frapper les biches blanches, bondissant,
Effarées, aux sommets des vagues.
Plus loin, dort la liquide prairie enchantée
Où, sur un hypothétique gazon,
Éclosent des marguerites immaculées,
Leur lumière scintille jusqu’à l’horizon.
Soudain, apparaissent des visions étranges,
Spectres tragiques leur linceul traînant
Pâtes mortes, dressées en leurs robes blanches,
Avec des bras implorants.
Mais toutes se noient dans les profondeurs
Du gouffre aux remous incessants,
Et voici renaître encor les gerbes en Ifeurs
Portées par l’écume de nacre et d’argent.