
Nossis – Renée Vivien

ἅδιον οὐδὲν ἔρωτος, ἁ δ’ ὄλβια, δεύτερα πάντα
ἐστιν · ἀπὸ στόματος δ’ ἔπτυσα καὶ τὸ μέλι.
τοῦτο λέγει Νοσσίς · τίνα δ’ἁ Κύπρις οὐκ ἐφίλασεν
οὐκ οἶδεν κήναστ’ ἄνθεα ποῖα ῥόδα.
ἔντεα Βρέττιοι ἄνδρες ἀπ’ αἰνομόρων βάλον ὥμων
θεινόμενοι Λοκρῶν χερσὶν ὑπ’ ὠκυμάχων.
ὧν ἀρετὰν ὑμνεῦντα θεῶν ὑπ’ ἀνακτόρα κεῖνται
οὐδὲ ποθεῦντι κακῶν πάχεας, οὒς ἔλιπον.
Ἥρα τιμήεσσα, Λακίνιον ἂ τὸ θυῶδες
πολλάκις οὐρανόθεν νεισομένα καθορῇς,
δέξαι βύσσινον εἶμα, τό τοι μετὰ παιδὸς ἀγαυᾶς
Νοσσίδος ὕφανεν Θεύφιλις ἁ Κλαόκας.
Καὶ καπυρὸν γελάσας παραμείβεο, καὶ φίλον εἰπὼν
ῥῆμ’ ἐπ’ ἐμοί. Ῥίνθων εἶμ’ὁ Συρακόσιος
Μουσάων ὀλίγη τις ἀηδονίς · ἀλλὰ φλυακων
ἐκ τραγικῶν ἴδιον κισσὸν ἐδρεψάμεθα.
Γνωτὰ καὶ τηνῶδε. Σαβαιθίδος, εἴδετε μὲν γὰρ,
ἁδ’εἰκὼν, μορφᾷ καὶ μεγαλοφροσύνᾳ.
θάεο τὰν πινυτάν, τό τε μείλιχον αὐτόθι τήνας
ἔλπομ’ ὁρᾶν · χαίροις πολλά, μάκαιρα γύναι.
Ἀυτομέλιννα τέτυκται · ἵδ’ ὡς ἀγανὸν τὸ πρόσω
ἀμὲ ποτοπτάζειν μειλιχίως δοκέει.
ὡς ἐτύμως θυγάτηρ τᾷ ματέρι πάντα προσῴκει ·
ἧ καλὸν ὅκκα πέλοι τέκνα γονεῦσιν ἴσα.
Ἄρτεμι Δᾶλον ἔχουσα καὶ Ὀρτυγίαν ἐρόεσσαν
τόξα μὲν εἰς κόλπους ἁγν’ ἀπόθου Χαρίτων,
λοῦσαι δ’ Ἰνωπῷ καθαρὸν χρόα, βᾶθι δ’ ἐς οἴκους
λύσουσ’ ὠδίνων Ἀλκέτιν ἐκ χαλεπῶν.
Ἐλθοῖσαι ποτὶ ναὸν ἰδοίμεθα τᾶς Ἀφροδίτασ
τὸ βρέτας, ὡς χρυσῷ δαιδαλόεν τελέθει
εἰσατό μιν Πολυαρχίς, ἐπευρομένα μάλα πολλὰν
κτῆσιν ἀπ’ οἰκείου σώματος ἀγλαΐας.
Θυμαρέτας μορφὰν ὁ πίναξ ἔχει · εὖγε τὸ γαῦρον
τεῦξε, τό θ’ ὡραῖον τᾶς ἀγανοβλεφάρου.
σαίνοι κέν σ’ ἐσιδοῖσα καὶ οἰκοφύλαξ σκυλάκαινα,
δέσποιναν μελάθρων οἰομένα ποθορῆν.
Τὸν πίνακα ξανθᾶς Καλλὼ δόμον εἰς Ἀφροδιτας,
εἰκόνα γραψαμένα πάντ’ ἀνέθηκεν ἴσαν.
ὡς ἀγανῶς ἔστακαν · ἴδ’ ἁ χάρις ἁλίκον ἀνθει.
καιρέτω · οὐ τινα γὰρ μέμψιν ἔχει βιοτᾶς.
Χαίροισάν τοι ἔοικε κομᾶν ἀπὸ τᾶν Ἀφροδίταν
ἄνθεμα κεκρύφαλον τόνδε λαβεῖν Σαμύθας
δαιδάλεος τε γάρ ἐστι, καὶ ἁδύ τι νέκταρος ὅζει,
τοῦ, τῷ καὶ τήνα καλὸν Ἄδωνα χρίει.
Ὦ ξεῖν’, εἰ τύ γε πλεῖς ποτὶ καλλίχορον Μιτυλάναν
τᾶν Σαπφοῦς χαρίτων ἄνθος ἐναυσόμενος,
εἰπεῖν ὡς Μούσαισι φίλα, τήνᾳ τε Λόκρισσα
τίκτεν ἴσας δ’ὅτι μι τοὔνομα Νοσσίς. ἴθι.
Étrangère aux yeux noirs qui vas vers Mytilène
Où l’on cueille la fleur des grâces de Sappho,
Tes paupières sauront l’ardeur de son haleine,
Et ton âme, sa voix plus tendre qu’un écho.
Mytilène aux beaux chœurs, indolemment couchée,
Gonflera sous tes yeux ses voiles de byssus,
Et ses vierges viendront t’apporter leur jonchée
De roses, de fenouil, d’iris et de crocus.
Salut ! dis à Sappho qu’une femme module
Les odes où persiste un souvenir d’Atthis,
Qu’elle a chanté ses vers devant le crépuscule :
Étrangère, apprends-lui que mon nom est Nossis.
Dis-lui qu’en appelant sa caresse inconnue,
J’ai sangloté d’amour sous mes cheveux épars,
Que je la vois, pareille à l’Aphrodite nue,
Dis-lui que je l’attends et que je l’aime… Pars !
Vierges et femmes, rien n’est plus doux que l’amour.
Les Kharites aux bras blancs, et les jeunes Heures,
Les Piérides au front ardent comme le jour,
Et l’Aurore aux pieds nus, lui sont inférieures.
Je dédaigne le vin, je méprise le miel,
Je ne veux que le goût des baisers à ma bouche ;
Ni les frissons de l’eau ni les remous du ciel
N’égalent l’ondoiement de ta chair sur ma couche.
Celle qui dédaigna le rire de Kupris
Et qui n’a point connu son lit de violettes
A le front gris des Morts. Ainsi parle Nossis
Dont l’Érôs enduisit de cire les tablettes.
Celle qui ne craint point à l’égal du trépas
Les aubes sans caresse et les nuits sans murmure,
Ô Déesse aux yeux bleus ! celle-là ne sait pas
Quelles fleurs sont les roses de ta chevelure !
J’ai ployé sous le poids accablant de la lyre,
Et j’ai pleuré jadis des vers sans lendemain :
Murmure une parole amicale, et d’un rire
Réjouis mon silence, et passe ton chemin.
Moi, qui fus un chétif rossignol des Piérides,
J’ai chanté le printemps au lumineux retour ;
La lune me baigna de ses remous limpides,
J’ai vécu fervemment mes bleus minuits d’amour.
Je vis blondir Phoibé radieusement nue…
Aujourd’hui je sommeille au pied des aloès
Et des rudes cactus : et mon ombre inconnue
Erre dans la forêt muette de l’Hadès.
J’allumai pour l’hymen la torche qui flamboie,
Mes pampres ont orné le glorieux autel…
Un peu de cendre obscure… et pourtant de ma joie
Tragique je cueillis mon lierre personnel…
Bienheureuse Héra, la Très-Belle et l’Auguste,
Qui daignes contempler de tes regards puissants
Le glorieux naos que parfume l’encens,
Levant ton front d’ivoire où le béryl s’incruste,
Accepte en souriant cette robe de lin
Que les mains de Nossis tissèrent sous l’acanthe,
Nossis aux beaux sourcils, dont les cheveux d’amante
S’empourprent à l’égal du couchant et du vin.
Ceux qui ne l’ont point vue admirent Sabaithis.
Lointaine, on la contemple en sa beauté présente :
Voici ses bras de rose et ses yeux de lapis
Et ses cheveux dorés que la brise tourmente.
Passant, arrête-toi devant ce frais regard
Que la claire sagesse anime de sa flamme,
Et dans ces traits, plus doux que le miel et le nard,
Reconnais la splendeur visible de son âme.
Garde la douce paix sur ton front, et souris
En ta double splendeur de vierge et d’amoureuse,
Immortelle au milieu des rosiers défleuris…
Salut à ton triomphe, ô femme bienheureuse !
Dans l’ombre, d’où l’autel paré de flamme émerge,
L’offrande a réjoui la blanche Aphrodita :
Ce réseau, parfumé des cheveux d’une vierge,
Ce réseau qui ceignit le front de Samytha.
Le filet, savamment tissé par ses compagnes,
A l’odeur du nektar que tu versas jadis,
Ô Déesse ! en l’azur des célestes montagnes,
Sur le corps puéril et souple d’Adonis.
Comme le mélilot et l’iris de la berge,
Ce filet réjouit la claire Aphrodita,
Car il est parfumé des cheveux d’une vierge,
Car il ceignit le front doré de Samytha.
La Déesse a jailli des mains de la mortelle,
Ressuscitant son rire immortellement clair,
Plus blanche que l’écume et les embruns, et telle
Que la virent jadis le soleil et la mer…
La Déesse a jailli des mains de la mortelle.
Car ainsi la voulut et la rêva Kallô,
Qui jadis vit monter jusqu’à son apogée
Hespéros, et plus tard, dans un tremblant halo,
Le char de Sélanna descendre vers l’Égée ;
La Déesse a fleuri le songe de Kallô.
Les patientes mains qui pétrirent l’argile
Achevèrent enfin leur labeur triomphal.
Tu t’échappas, Kupris, dont l’haleine distille
L’ambre artificiel et le miel végétal,
Des patientes mains qui pétrirent l’argile.
La statue a surgi de l’ivoire et de l’or…
Et frissonnants, autour de ta forme divine,
Les passereaux de l’aube ont pris leur prompt essor.
L’Aphrodita, debout et chryséléphantine,
Illumine les flots gris de ses cheveux d’or.
Et les regards levés sur la Déesse nue,
La vierge est morte, ayant accompli son désir,
Car les penseurs brûlés de la fièvre inconnue
Qui réclament le songe impossible à saisir,
Meurent, les yeux levés sur la Déesse nue.
Moi, la Kitharède de Locres
Dont la voix triompha,
Dans le jour de safrans et d’ocres
Qui trace son alpha,
Et dans le couchant d’écarlate
Où l’âme des œillets éclate
En véhémences d’aromate,
Je suis chère à Psappha.
La Prêtresse unique et multiple
Vint hier me choisir
Pour amoureuse et pour disciple
D’angoisse et de plaisir,
En me disant : « Vers les soirs tièdes,
Chante à la façon des Aèdes
La compagne que tu possèdes
Et qui fut ton désir.
« Dors sur le sein de ta maîtresse,
Comme moi près d’Atthis,
Lorsque la Nuit aux yeux bleus tresse
Ses couronnes d’iris… »
Par les tremblantes accalmies,
Ma voix aux craintes raffermies
Reprend les beaux chœurs des Amies,
Et mon nom est Nossis.
Ô Lesbos, je suis chère à Psappha l’Immortelle,
Elle entend, dans l’Hadès, mes fugaces accords
Et la vierge de mon désir lui semble belle.
Elle sourit parmi le nuage des Morts,
Quand je viens, attisant les tièdes cassolettes,
Cueillir ses violettes.
Je t’ai cherchée, ô fleur des Kharites ! ô toi
Qu’on désire à travers les formes adorées,
Dans le mélos ployé sous une exacte loi
Et dans les flots sereins d’une mer sans marées,
Dans le rêve des gris oliviers, dans le chant
Funèbre du couchant.
Je n’ai point écouté les faiseurs de mensonges
Dont le souffle a terni la clarté de ton nom :
Je suis venue avec mes parfums et mes songes,
En répandant le lait de la libation,
Et je t’ai dit : « Voici les roses que je tresse,
Et voici ma jeunesse. »
Seule dans mon orgueil d’amour, j’ai méprisé
Les silences amers, les rires et les blâmes,
Et, pieuse disciple, à ton autel brisé,
J’ai rallumé l’ardeur expirante des flammes :
J’ai tissé le fenouil, la rose et le cerfeuil
En guirlandes de deuil.
N’as-tu point dit, jadis, devant les cieux d’opales,
Caressant Éranna courbée à tes genoux,
Et mêlant tes cheveux noirs à ses cheveux pâles :
« Quelqu’un, dans l’avenir, se souviendra de nous.
Les Muses, à qui plaît la voix des amoureuses,
Nous firent glorieuses. »
Que mon salut te suive au delà de la mer
Et des couchants de pourpre, ô femme qui navigues
Vers Mytilène aux murs vivants comme une chair,
Vers la Rive couchée en ses roses prodigues,
Qui recueille les noms jeunes et le printemps
Des hymnes consentants.
Éranna de Télos s’attarde dans la ligne
Féminine de la crique, — sa brève voix
Chante plaintivement le petit chant du cygne.
Parfois, ressuscitant les baisers d’autrefois,
Elle erre, les cheveux défaits, sous l’aile ombreuse
De sa nuit d’amoureuse.
Pars, Étrangère, annonce à l’ardente Sappho
Qui jaillit des Temps bleus, unique Fleur des Grâces,
Que, lente, j’ai tissé des strophes sans défaut
Lorsque sur le métier retombaient mes mains lasses,
Et dis, en apportant les couronnes d’iris,
Que mon nom est Nossis.






















