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Paul Cézanne

Le 15 octobre 1906, Paul Cézanne peint en plein air dans le massif de la Sainte-Victoire quand un violent orage éclate. Il reste de longues heures sous la pluie, on le ramène dans la charrette d’un blanchisseur ; le lendemain, il retourne travailler à son atelier. Il meurt une semaine plus tard, à Aix-en-Provence, dans la ville où il était né. Toute sa vie tient dans cette obstination : aller « sur le motif », encore, jusqu’au bout.

Le mur est court, mais il couvre presque toute la carrière, de 1866 à 1904. Il s’ouvre sur Nature morte au crâne (1866), l’année où le Salon refuse son Portrait d’homme ; Cézanne peint alors dans une pâte épaisse, avec une palette sombre. Regardez-la en pensant aux pommes qui viendront : Cézanne a élevé la nature morte, écrira Kandinsky, « à un niveau tel que les objets extérieurement “morts” deviennent intérieurement vivants ». Ici, l’objet est un crâne, et le site l’a placé face à Ils sont morts, et mon cœur, secret de ma raison d’Anna de Noailles.

Puis viennent les années de l’Île-de-France. En 1873, Cézanne installe sa compagne Hortense et leur fils à Auvers-sur-Oise, avec l’aide du docteur Gachet, et travaille aux côtés de Pissarro, dont la palette lumineuse est pour lui une révélation – il se dira plus tard « élève de Pissarro ». Entrée de ferme, rue Rémy à Auvers-sur-Oise (1873) est de ce temps-là : un sujet modeste, pris sur place, au moment où sa palette s’éclaircit au contact de son aîné. Toits de Paris (1882) et Le Lac d’Annecy complètent cette traversée hors de Provence.

Le cœur du mur est provençal. En 1886, Cézanne vit à Gardanne avec sa famille ; c’est là qu’il commence le cycle de la montagne Sainte-Victoire, qu’il peindra près de quatre-vingts fois, pour moitié à l’aquarelle. Gardanne (1886) date de cette année décisive, celle aussi de son mariage avec Hortense et de la mort de son père. Le mur se referme sur La Montagne Sainte-Victoire (1904), peinte au temps de l’atelier des Lauves, où il travaillait tous les matins. Cette même année, il conseillait à Émile Bernard de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône ». C’est la toile à regarder le plus longtemps : comme toujours chez lui, les tons ne se fondent pas, ils se juxtaposent, et les plans « tombent les uns sur les autres », comme il l’avouait lui-même.

Il manque les portraits d’Hortense, dont il peignit quarante-cinq, les baigneuses et les pommes. Ce mur est celui du paysagiste, et du chemin qui mène d’un crâne dans l’ombre à la montagne en pleine lumière.

Nature morte au crâne, Paul Cézanne (1866)
Nature morte au crâne1866Accompagne15 Décembre 1840 – Théophile Gautier · Aube – Victor Hugo · Donc c’est chez nous, dans notre sol qu’ils les ont faites – Jacques Normand
Voir les autresEpitaphe d'homme - André Frédérique · Extase – Théodore de Banville · Georges Braque – Paul Éluard · L'heure charmante – Edmond Rostand · Le judicieux conseil – Jean Moréas · Le verger – Edmond Rostand · Les bras qui se nouent en caresses – Jean Moréas · Les Châtaignes – Maurice Rollinat · LXXXIII. Ils sont morts, et mon cœur, secret de ma raison – Anna de Noailles · Matelots ! matelots – Victor Hugo · Nuages qu’un beau jour à présent environne – Jean Moréas · Paroles dans l’épreuve – Victor Hugo · Quand vous lirez, ô Dames Lionnoises – Louise Labé
Entrée de ferme, rue Rémy à Auvers-sur-Oise, Paul Cézanne (1873)
Entrée de ferme, rue Rémy à Auvers-sur-Oise1873AccompagneAux Acacias, en files serrées – Jacques Normand · Ballade de la mauvaise réputation – Paul Verlaine · La chanson - Dox
Voir les autresLa Mort de Psappha – Renée Vivien · Le courroux d’un amant – André Chénier · Le Moulin – Maurice Rollinat · Une femme d’esprit, mais d’un esprit factice – Théodore Hannon
Toits de Paris, Paul Cézanne (1882)
Toits de Paris1882Titre original : Toites de ParisAccompagneCeste fleur de Vertu – Pierre de Ronsard · Exigence – Anna de Noailles · L’âme insensible – Tristan L’Hermite
Voir les autresLa Luxure – Maurice Rollinat · La perte de la richesse véritable – Maurice Magre · La Ville disparue – Victor Hugo · Le Convoi funèbre – Maurice Rollinat · Les attirances – Émile Verhaeren · Les rues et les verres vides - Odilon-Jean Périer · Ma Lou je coucherai – Guillaume Apollinaire · Renoncement – Marceline Desbordes-Valmore
Gardanne, Paul Cézanne (1886)
Gardanne1886AccompagneChanson d’ermite – Maurice Rollinat · Chanson de la plus haute tour – Arthur Rimbaud · Demain fera un an – Francis Jammes
Voir les autresInferi – Victor Hugo · La bénédiction du soir – Francis Jammes · La Cène - Odilon-Jean Périer · La musique, la prière et la volupté – Maurice Magre · Montée sur le Brocken – Théophile Gautier · Reprise d’espoir – Jean Richepin · Violon – Achille Segard
Le Lac d'Annecy, Paul Cézanne (1896)
Le Lac d'Annecy1896AccompagneAu chevalier de Pange (2) – André Chénier · Gloria in excelsis – Paul Verlaine · Merci, toi qu’on se fait à ses propres dépens – Jean Richepin
Voir les autresNote treizième – Alphonse de Lamartine · Qui veut apprendre ma leçon entière ? - Walt Whitman · Tu demandes, cher indiscret – Joseph Autran
La Montagne Sainte-Victoire, Paul Cézanne (1904)
La Montagne Sainte-Victoire1904Titre original : Mont Sainte-VictoireAccompagneÀ Théodore de Banville – Théodore de Banville · Ballade à la Sainte Vierge – Théodore de Banville · Conscience – Anna de Noailles
Voir les autresCur vestalibus innati sint velut quidam amoris igniculi – Joachim Du Bellay · Des gallants sans soulcy. – François Villon · Jalousie – Paul Verlaine · La Charité – Théodore de Banville · Le Soliloque de Troppman – Maurice Rollinat · Les mauvaises compagnies - Birago Diop · Ô gouffre ! l’âme plonge et rapporte le doute – Victor Hugo · Parfois, quand j’aperçois mon flamboyant visage – Anna de Noailles · Un journal frivole et badin – Jacques Normand

Pour aller plus loin

Guillain Méjane