
Nicolas Roerich
Lovecraft, pour décrire l’Antarctique des Montagnes hallucinées, a pensé aux montagnes et aux citadelles de Nicolas Roerich. On comprend pourquoi devant ce mur : des sommets, des rochers, des monastères, des camps, une Asie presque minérale, peinte par un homme qui l’avait réellement traversée et qui a fini ses jours en Inde.
Rien pourtant ne l’y destinait. Né à Saint-Pétersbourg en 1874, Roerich fait d’abord des études de droit, se passionne pour la littérature, la philosophie, l’archéologie, puis se forme à Paris auprès de Fernand Cormon. Il participe aux débuts des Ballets russes et crée les costumes et les décors du Sacre du printemps de Stravinsky. De ces années russes, le mur ne garde que deux toiles : Monastère dans les montagnes (1897), où le motif de toute sa vie est déjà là, et Bataille dans le ciel (1912), vision symboliste d’un ciel en guerre.
En 1920, Roerich découvre New York, où il s’établit avec sa femme Éléna ; ils fondent le Master Institute of the United Arts et s’engagent dans les cercles théosophiques. Puis vient la grande expédition : cinq ans à travers l’Asie avec leur fils Georges et quelques amis, du Sikkim au Ladakh, du Karakoram à la Mongolie, du Gobi au Tibet. Les autorités tibétaines arrêtent l’expédition et la retiennent cinq mois sous la tente, par des températures en dessous de zéro ; cinq hommes meurent. En mars 1928, les voyageurs peuvent enfin quitter le Tibet pour l’Inde, où ils fondent un institut de recherche himalayen.
Presque tout ce mur vient de là. Monastère de Sharugon, Tibet est daté de 1928, l’année même de cette libération ; les Rochers de Mongolie et les Rochers du Ladakh (1933) reprennent les étapes du voyage ; Caravane et Camp tibétain en disent le quotidien. Puis viennent les montagnes seules, peintes et repeintes : Himalaya (1931 et 1936), Himalaya central (1931), Himalaya sacré (1934), Nanda Devi (1944). Mettez-les côte à côte : le même massif, sans cesse revu, devient chez lui un sujet de méditation autant qu’un paysage.
À côté des sommets, quelques toiles tirent vers la légende et le sacré : Étoile de la Mère du monde (1924), Issa et la tête du géant (1932), Le roi Gesar (1946), l’une de ses dernières toiles, peinte peu avant sa mort à Naggar, dans l’Himachal Pradesh, en 1947. L’homme était aussi un militant de la paix, deux fois proposé pour le Nobel de la paix, et son action conduisit à la signature en 1935 du Pacte Roerich, présenté comme protégeant la propriété culturelle. Sur le site, Rochers de Mongolie accompagne le Sonnet 2 de Shakespeare, et Monastère de Sharugon, Tibet un poème d’Abû Nuwâs, Fait à l’image de la lune.


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