
Joan Miró
« J’ai essayé de traduire les hallucinations que la faim produisait. » Ainsi Joan Miró expliquait-il Le Carnaval d’Arlequin, peint au milieu des années 1920 à Paris, quand le jeune Catalan de la rue Blomet traversait une période difficile, jusqu’à souffrir de la faim. C’est par cette toile qu’il faut entrer dans la salle : elle est considérée comme l’apogée de sa période surréaliste, et André Breton tenait alors Miró pour « le plus surréaliste d’entre nous ».
Approchez-vous : un automate joue de la guitare, un arlequin porte de grandes moustaches, deux chats jouent avec une pelote de laine, un poisson vole, un insecte sort d’un dé, une échelle porte une grande oreille, et par une fenêtre, en haut à droite, une forme conique passe pour la tour Eiffel. Sur le site, cette fête grouillante accompagne, entre autres, un vers de Christine de Pisan d’une tout autre humeur : Seulete suy et seulete vueil estre.
Le mur s’ouvre un peu plus tôt, sur Soleil rouge (1922), l’année où Miró achève La Ferme, et se concentre sur les années parisiennes. De 1924 datent deux Baigneuse : cette année-là, Miró abandonne son style minutieux, dit « détailliste », et dans une Baigneuse suggère la féminité par la seule grâce des lignes. Paysage (1926), une troisième Baigneuse (1932) et Apparition (1935) suivent son chemin à l’écart du groupe surréaliste, dont il s’éloigne à partir de 1928 : il se réclame alors de Rimbaud plutôt que de Marx, « changer de vie » plutôt que « transformer le monde », et déclare vouloir « assassiner la peinture ».
Vers le ciel
Puis le mur saute près de trente ans. Il ne montre ni les Constellations de Varengeville, ni les années de guerre, ni le retour à Majorque, où Miró s’installe en 1956 dans un grand atelier conçu par son ami l’architecte Josep Lluís Sert. On le retrouve avec Étoile bleue (1963), l’année où commencent de nouveaux triptyques après ceux des Bleus. « On trouve très souvent des étoiles dans mon œuvre, disait-il, parce que je me promène souvent en pleine nuit, je rêve de ciels étoilés et de constellations. »
Les deux dernières toiles sont d’un peintre octogénaire : Danseur face au soleil (1973) et Deux personnages avec un violon (1976). Si, dans les années 1920, son œuvre fait penser à la mer, ses toiles des années 1970 évoquent le ciel. Comparez le Soleil rouge de 1922 et le soleil de 1973 : Miró lui-même l’avait dit, « je suis bouleversé quand je vois dans un ciel immense, le croissant de la lune ou le soleil ». Il meurt à Palma de Majorque le 25 décembre 1983, à quatre-vingt-dix ans.


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Guillain Méjane



















