
Le rosaire noir des occasions perdues – Maurice Magre

Dans une rue de Bénarès, une femme m’a fait signe à une fenêtre. Elle
souriait et j’ai fait semblant de ne pas la voir. Je suis revenu à la
tombée de la nuit. La fenêtre était fermée.
Dans une rue de Bénarès, un mendiant m’a tendu la main et j’ai hâté le
pas en détournant la tête. Mais je me suis rappelé soudain les
enseignements du prophète et je suis revenu en arrière. Il n’y avait
plus trace du mendiant.
Dans une rue de Bénarès, un moullah m’a montré de loin la porte sculptée
d’une mosquée et j’ai passé. Quand un peu plus tard j’ai voulu prier,
j’ai erré interminablement le long des bazars et des murailles de
bambous.
Et ainsi toute ma vie j’ai laissé derrière moi un rosaire noir
d’occasions perdues. O insensé que tu es, toi qui ne sais pas qu’il
vient un moment où l’on ne rencontre plus ni la femme, ni le mendiant,
ni Dieu!























