Sélectionner une page

Vieillesse de poète – Charles-Théophile Féret

Étoile bleue, Joan Miró (1963)

Tableau : Étoile bleue, Joan Miró, 1963

L’âge va m’ébréchant, dent par dent, jour à jour,
Et cheveu par cheveu m’épile de sa pince.
Siège long et sournois ! — Un arc cruel et mince
Décime mes espoirs paradant sur la tour.

Terrasses, d’où j’ai vu venir à moi l’Amour
Sous la housse orfévrée et le manteau d’un prince,
Adieu ! L’hiver durcit l’arrogante province
Au pas de l’exilé, dont le souffle est plus court.

Je croise le dédain des Amantes ; qu’importe ?
N’ai-je pas pour m’aimer encor mes chères Mortes,
Qui baisent sans dégoût mes lèvres d’autrefois ?

Vers la mer ténébreuse irrué comme un fleuve,
Si mon regret regarde en arrière je vois
Les Muses rebâtir mon nom de briques neuves.

Texte : Wikisource · domaine public · lien affilié

Archives par mois