
Jean Moréas — Celui qui a nommé le symbolisme et s’en est allé

1856 — 1910
Je ne regrette rien, ni des lauriers superbes
L’honneur qui m’était dû,
Ni cet heureux plaisir, fait de fruits et de gerbes,
Comme un vin répandu :
Je ne regrette rien
Le 18 septembre 1886, un Grec de trente ans publie dans Le Figaro un manifeste qui donne son nom à toute une génération : le symbolisme. Cinq ans plus tard, il le quitte.
Il faut du caractère pour baptiser un mouvement littéraire et pour s’en aller ensuite. Il en a eu, et cela lui a coûté sa place dans l’histoire : les symbolistes ne lui ont pas pardonné, et ceux qui sont venus après ne voyaient plus en lui qu’un transfuge.
Ioannis Papadiamantopoulos
C’est son nom. Né à Athènes en 1856 dans une famille de magistrats, il apprend le français avant tout, arrive à Paris à la fin des années 1870 et ne repartira pas. Il choisit un pseudonyme tiré d’un village de Messénie et se met à écrire dans une langue qui n’est pas la sienne — avec, disent tous ceux qui l’ont connu, un accent qu’il n’a jamais perdu.
Ses premiers livres, Les Syrtes, Les Cantilènes, sont ce que le symbolisme a produit de plus musical : des poèmes qui se tiennent par le son plus que par le sens, où les roses jaunes ceignent les platanes et où l’eau s’égoutte dans des bassins ronds.
Le demi-tour
Puis, en 1891, il fonde l’École romane et déclare que la poésie française doit revenir à ses maîtres : les Grecs, les Latins, Ronsard, la Pléiade. Le vers redevient régulier, la strophe se referme, le vocabulaire se dépouille.
On a longtemps traité ce retournement de reniement ou de frilosité. C’est en réalité l’inverse d’un repli : il a passé sa vie à chercher une langue qui ne fût à personne, et il l’a trouvée en remontant le plus haut possible.
Les Stances
Le résultat s’appelle Les Stances, publié entre 1899 et 1901, et c’est l’un des livres les plus austères et les plus tenus de la poésie française. Des quatrains courts, sans une image de trop, où un homme fait le compte de ce qu’il n’a pas eu et constate qu’il ne le regrette pas.
« Grands bois, je vous verrai brillants sous un ciel d’ambre » — cela pourrait être de Ronsard, cela pourrait être d’hier. Il a atteint exactement ce qu’il cherchait : une poésie sans date.
Il est mort en 1910, à cinquante-quatre ans. Ceux qui étaient là ont rapporté qu’il parlait grec dans ses derniers jours.
Choix de textes
- Je ne regrette rien — Le compte de ce qu’il n’a pas eu, fait sans amertume. Le ton des Stances.
- Grands bois, je vous verrai brillants sous un ciel d’ambre — Cela pourrait être de Ronsard, cela pourrait être d’hier. Une poésie sans date.
- Les roses jaunes — Le premier Moréas, symboliste et musical, où le son passe avant le sens.
- Parmi les marronniers — Un jardin, une saison, rien d’autre — et cela suffit.
- Quand reviendra l’automne avec les feuilles mortes — Le sujet le plus usé de la langue, repris de zéro sans une once de facilité.
- L’Automne ou les Satyres — L’École romane à l’œuvre : la Grèce convoquée sans érudition pesante.
- La plainte d’Hyagnis — Un mythe phrygien, traité comme s’il venait d’arriver.
- La vieille femme de Berkeley — Une ballade macabre venue du nord. Il pouvait aussi faire peur.
- Églogue à Elle encore — La forme antique la plus codée, remise en service sans ironie.
- À Jeanne — Un poème adressé, direct, où la retenue laisse passer quelque chose.
Pour le lire
Les Stances (1899-1901) — son chef-d’œuvre, sept livres de quatrains austères.
Les Syrtes (1884) · Les Cantilènes (1886) · Le Pèlerin passionné (1891) — le Moréas d’avant le demi-tour.
Le manifeste du symbolisme a paru dans Le Figaro du 18 septembre 1886. Il y a nommé le mouvement qu’il quitterait cinq ans plus tard.
Guillain Méjane























