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Jean de La Fontaine — Le fabuliste qu’on a désarmé à l’école

Jean de La Fontaine — Le fabuliste qu’on a désarmé à l’école

1621 — 1695

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Le Loup et l’Agneau

Tout le monde connaît ce vers et presque personne ne l’entend. On le récite à huit ans, on en fait une maxime de cour de récréation, et l’on oublie qu’il ouvre un poème où un innocent est dévoré par un puissant qui invente ses griefs au fur et à mesure — puis l’emporte au fond des bois et le mange « sans autre forme de procès ».

Il n’y a pas de morale consolante à la fin. Il n’y en a jamais chez lui. C’est ce que l’école a réussi à faire oublier.

Un poète qu’on a rendu inoffensif

Les Fables passent pour un livre pour enfants. Elles ont été écrites pour la cour de Louis XIV, à une époque où l’on ne critiquait pas le pouvoir en face, et l’animal y sert exactement à cela : dire ce qu’on ne peut pas dire.

Le lion tient sa cour, le loup mange, les grenouilles réclament un roi et le regrettent, le vieillard plante des arbres qu’il ne verra pas. Sous la fantaisie, c’est un traité complet sur la force, la ruse, la servitude volontaire et la manière dont les faibles s’arrangent pour survivre.

Le vers qui change de longueur

Sa trouvaille technique est peut-être plus considérable encore. Il écrit en vers libres — au sens ancien : des vers rimés mais de longueurs variables, l’alexandrin voisinant avec l’octosyllabe et le vers de quatre pieds, au gré du récit.

Le résultat imite la voix parlée : on accélère, on suspend, on lâche une chute courte. Personne avant lui n’avait obtenu cela en français, et deux siècles de poètes s’y sont essayés sans l’égaler.

Ce que le Vagabond en garde

Le corpus réuni ici est encore en cours de parution : quelques dizaines de fables sont en ligne, le reste s’ouvrira au fil des mois. On y trouve déjà les plus dures — Le Loup et l’Agneau, Le Loup et la Cigogne, Les Grenouilles qui demandent un Roi — et quelques-unes des plus rares.

Et l’épilogue du premier recueil, où il explique pourquoi il s’arrête : « Les longs ouvrages me font peur. / Loin d’épuiser une matière, / On n’en doit prendre que la fleur. » Il en écrira encore deux cents.

Choix de textes

Pour le lire

Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade — les Fables, les Contes et le reste.

Fables (1668, 1678, 1694) — trois recueils échelonnés sur vingt-six ans.

⚠️ Une grande partie des fables paraîtra ici dans les mois qui viennent : le corpus s’ouvre progressivement.

Guillain Méjane

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