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Paul Delvaux

Une cuisine, un pont, un faubourg, un viaduc : les titres de ce mur sont d’une simplicité presque administrative, et c’est tout Paul Delvaux. Chez ce peintre belge, le mystère naît de lieux ordinaires, immobiles, comme suspendus. Son univers favori est la gare de chemin de fer, au point que deux livres lui ont été consacrés sous les titres « l’homme qui aimait les trains » et « peintre des gares ». Le viaduc (1963) en garde l’écho.

Né en 1897 à Antheit, Delvaux étudie à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, où Jean Delville lui enseigne le dessin et Constant Montald la peinture décorative. De Montald, il retient le sens de la composition, le paysage peint d’après nature, le nu, et le goût des grandes toiles lisses. Il passe ensuite par une peinture post-impressionniste, puis expressionniste, influencée notamment par James Ensor, et détruit ses tableaux à chaque changement d’inspiration, entre 1920 et 1924.

La Cuisine (1932) et Pont à Huy (1933) appartiennent à ces années d’avant la révélation. Au début des années 1930, Delvaux fréquente la Foire du Midi de Bruxelles, où le musée Spitzner, baraque de curiosités médicales, expose des squelettes et une Vénus mécanique entre des rideaux de velours rouge : ces images le hantent et reviendront dans toute son œuvre. Puis, en 1934, la découverte d’un tableau de Giorgio De Chirico, Mélancolie et mystère d’une rue, lui ouvre les portes du surréalisme. Il n’adhérera jamais au mouvement, mais il expose avec les surréalistes à Paris en 1938 ; on le range plutôt dans le réalisme magique, aux côtés de Carel Willink ou de Balthus.

Les trois autres toiles datent des années 1950 et 1960, quand Delvaux vit à Saint-Idesbald, sur la côte belge, où il s’est installé en 1945. Solitude (1955), Faubourg (1956) et Le viaduc appartiennent à la maturité d’un peintre dont l’œuvre a une unité telle que ses tableaux se reconnaissent au premier coup d’œil : des femmes nues, des hommes en costume, des éphèbes, figés dans des attitudes hiératiques au milieu d’un paysage ou d’une ville tout aussi figés. Ici, Faubourg accompagne Les distances d’Olivier Larronde, et le titre du poème pourrait servir de légende à toute sa peinture.

Delvaux a aussi peint de grands décors, pour le Casino-Kursaal d’Ostende ou pour la station Bourse du métro de Bruxelles. Mort à Furnes en 1994, il a traversé presque tout le XXe siècle en peignant le même rêve, patiemment.

La Cuisine, Paul Delvaux (1932)
La Cuisine1932AccompagneCaprice – Théodore de Banville · Empiromanie – Aristide Bruant · Fleurs d’hiver – Théodore de Banville
Voir les autresLa Lune – Théodore de Banville · La Princesse Bérénice – Paul Verlaine · La violette – Renée Vivien · Le ber - Nérée Beauchemin · Le Tombeau de David à Jérusalem – Alphonse de Lamartine · Saisons – Théodore de Banville
Pont à Huy, Paul Delvaux (1933)
Pont à Huy1933AccompagneTsilla – Albert Samain · Vieux frères - Fauve
Solitude, Paul Delvaux (1955)
Solitude1955AccompagneBallade de la force – Jean Richepin · Chere dame, plaise vous ottroier – Christine de Pisan · Hymne antique – Théophile Gautier
Voir les autresLe lion en cage – Renée Vivien · Ma Rosse de Gosse – Aristide Bruant · Ô douleurs de l'amour ! - Robert Desnos · Offrande à l’Amour – Jean Moréas · Offrande a Vénus – Joachim Du Bellay · Regard en arrière – Renée Vivien · Si bien que je peux vivre sans - Emily Dickinson · Sur le chemin d’Emmaüs – Francis Jammes · Visage rêvé - Sergueï Essénine
Faubourg, Paul Delvaux (1956)
Faubourg1956AccompagneLes distances - Olivier Larronde
Le viaduc, Paul Delvaux (1963)
Le viaduc1963AccompagneAprès trois ans – Paul Verlaine · Comme nous vivrions tous en nostre premier pere – Jean-Baptiste Chassignet · Contre les Visites importunes – Jean-Pierre Louis de Fontanes
Voir les autresDeus ou trois fois bienheureus le retour… – Louise Labé · Immortalités – Auguste Gilbert de Voisins · L’ange envolé – Georges Rodenbach · L’Étang Mâlo – Théodore de Banville · La craintive – Maurice Magre · La du Barry – Marie Krysinska · Mots d’amour – Guy de Maupassant · Ô mon Maître ! un nouveau printemps – Théodore de Banville · Pleine mer. (page 118.) – Victor Hugo · Quelque douleur que je ressente – Anna de Noailles · Rendez-vous (II) – Auguste Gilbert de Voisins · Rêvant d’Alger – Lucie Delarue-Mardrus · Soldats – Henri de Régnier · Souvenirs – Daniel Lesueur · Tiède azur. Les bouvreuils s’éveillent dans les roses – Tristan Derème · Ton droit t’éblouit et flamboie – Henri Barbusse · Tristesse – Anna de Noailles · Variantes de la première édition – Charles Baudelaire · Vita – Stuart Merrill

Guillain Méjane