
Henri Le Sidaner
Chez Henri Le Sidaner, la table est mise, la fenêtre est ouverte, la lampe est allumée, et il n’y a personne. Autour de 1900, ce peintre fait sortir la figure humaine de ses tableaux pour ne garder que les jardins déserts, les tables servies pour des hôtes qu’on attend, les places au crépuscule. Gustave Soulier l’appelait, en 1901, le « Maeterlinck de la peinture ».
Il était né loin des brumes qu’il a peintes : à Port-Louis, à l’île Maurice, en 1862. Fils d’un capitaine au long cours, il grandit à Dunkerque, étudie à l’École des beaux-arts de Paris, dans l’atelier d’Alexandre Cabanel, puis s’installe en 1884 à Étaples, dont il garde le souvenir émouvant de ce « bain dans l’air et la lumière ». Il y reste près de dix ans, peint des bergères dans les dunes, des sujets religieux, avant de concentrer son inspiration, à partir de 1895, sur les effets crépusculaires. Il détruit alors la plus grande partie de sa production. Un séjour à Bruges, de 1898 à 1900, fixe sa veine symboliste. Marcel Proust le cite dans À la recherche du temps perdu, en le comparant à Elstir.
Le mur commence avant ce tournant. La Chambre (1890) appartient encore aux années d’Étaples ; le site l’a placée à côté d’Automne de Marie Krysinska. La tonnelle (1902) arrive au moment où Le Sidaner découvre Gerberoy, petite ville de l’Oise où il achète une maison et dont il fera presque le sujet unique de son œuvre : la façade, les fenêtres, les volets, les tables de jardin, déclinés selon l’heure et la saison. La tonnelle est un motif qu’il reprendra souvent, au service de ce qu’il cherchait : la sensation du « temps qui s’arrête ». Verlaine lui répond ici, avec À A. Duvigneaux.
Arrêtez-vous devant Le bec de gaz (1906) : un simple réverbère suffit à Le Sidaner pour faire un tableau, et la lumière artificielle y joue le rôle que tient ailleurs le dernier rayon du soir. Le site lui a confié Le voleur de Natsume Soseki.
Les deux dernières toiles montrent le peintre voyageur : au contact de nombreux voyages, son inspiration s’est élargie, son art est devenu plus décoratif, avec un succès qui ne se dément pas. Automne doré, Quimperlé (1923) emporte le motif loin de l’Oise, et La Langueur des voyages d’Anna de Noailles l’accompagne. Les Piliers (1927) ferme la salle. Manquent ici Versailles, où il vécut jusqu’à sa mort en 1939, et les façades de Gerberoy à la tombée du jour.

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