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Edvard Munch

« Ma décision est arrêtée, je serai peintre », écrit Edvard Munch dans son journal le 8 novembre 1880. Il a seize ans, il a perdu sa mère de la tuberculose à cinq ans, puis sa sœur aînée Sophie de la même maladie, et il fera de la maladie, de la mort et de la tristesse le fond de son œuvre. On cherchera en vain sur ce mur Le Cri, L’Enfant malade ou Madone. Ce qui reste, c’est l’autre versant de Munch, que le grand public connaît moins : les rivages, les nuits claires, les maisons, peints entre 1882 et 1926.

Soirée en bord de mer (1882) date des débuts, quand le jeune homme, qui a déserté l’école technique où son père l’avait inscrit, reçoit les corrections du naturaliste Christian Krohg et peint dans la veine du réalisme français. Les rivages du fjord d’Oslo, découverts dans sa jeunesse, le captiveront toute sa vie, et le littoral sinueux d’Åsgårdstrand deviendra un leitmotiv de ses compositions. La Seine à Saint-Cloud (1890) appartient au séjour parisien : c’est l’époque où il apprend par un journal la mort de son père, et où il peint une série de tableaux de style impressionniste et pointilliste, la Seine pour sujet. Mais ce qui l’intéresse surtout, ce sont les impressions de l’âme et non celles des yeux.

Les nuits disent mieux que tout cette intériorité. Clair de lune (1895) et Nuit étoilée (1900) portent des titres qui reviennent dans la Frise de la Vie, le grand cycle qu’il appelait « un poème sur la Vie, l’Amour, la Mort », parmi ces motifs saturés d’ambiance où l’on sent l’influence d’Arnold Böcklin. Nuit blanche (1901) est de ces années de la Belle Époque où il s’efforce d’achever sa frise, et où ses paysages du fjord passent pour le sommet du symbolisme nordique. Le site lui a trouvé une compagnie à sa mesure : elle accompagne Annabel Lee d’Edgar Allan Poe et Les hiboux de Baudelaire.

Les deux dernières toiles sont des maisons. Maison à Borre (1904) est de l’année où il se brouille avec son mécène Max Linde ; La maison rouge (1926), des années d’Ekely, la propriété près d’Oslo où Munch, installé depuis 1916, mène une vie solitaire mais apaisée, achète des terres le long du fjord et expose ses toiles en plein air, parfois dans la neige. Il meurt à Oslo en 1944, après avoir vu les nazis retirer ses tableaux des musées allemands comme « art dégénéré », lui qui tenait l’Allemagne pour sa seconde patrie.

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Guillain Méjane