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Chez arthénice – Edmond Rostand

Chez arthénice – Edmond Rostand

Elle arrive à l’hôtel. La Loge de Zyrphée
Est pleine. On va partir. Et la Marquise-Fée
Sourit à Doralise et la reçoit au seuil.

Doralise a le temps d’admirer d’un coup d’œil
La célèbre hauteur des fenêtres, les lustres
Vantés, les paravents fameux, les fleurs illustres.
Le murmure qui court plein de noms glorieux
L’enchante. Et tout de suite elle cherche des yeux
Madame Cornuel, Gombaud, Godeau, Ménage.
Elle est parmi ces gens; c’est bien elle; elle nage.
Elle aperçoit Phylante et Tiridate, mais
Tels que dans sa ruelle on ne les vit jamais:
Celui-ci moins pompeux, celui-là plus modeste.
Elle-même se sent moins pédante, plus leste.
Et, le premier moment passé de vanité,
Elle éprouve une étrange et noble alacrité,
La satisfaction fine d’être mêlée
A je ne sais quelle œuvre exquise, heureuse, ailée.
Dans ce grand cabinet splendide et bruissant,
On se sent vaguement dans une ruche; on sent
Que là, pendant qu’il rit doucement et qu’il cause,
Ce monde, pour plus tard, fabrique quelque chose.

Et parfois il semblait à Doralise encor
Que quelques-uns des mots qu’en ce joli décor
Lançaient tous ces coquets à toutes ces coquettes,
Dépassaient l’arc prévu par les frêles raquettes,
Et, devenus vivants, qu’ils s’envolaient, ces mots,
Comme si des volants devenaient des oiseaux!

XII

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