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À Charles Maurras – Jean Moréas

À Charles Maurras – Jean Moréas

Pestum qui deux fois l’an voit naître et mourir
Adone, Lucrétile agréable qui bruit encor
Des vers latins chantés sur la lyre de Lesbos,
Hybla qui nourrit ses abeilles de la fleur
Du saule, Ustique où le Faune léger, du lycée fuitif,
Écarte de la chèvre et de son époux odoreux
L’Été et l’Austre ;

Ni la rive abordé’ de la troyenne proue,
Ni l’ombreuse Tibur, et ni l’heureux coteau
Où, charmé sous la voix du cygne de Mantoue,
Tel la source au cheval parla le Mincio,
Ne surent plaire au cœur des Muses et des Grâces
Ainsi que tu le fais, ô dorée Provence !

.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Jaufred, Arnaud Daniel
Au style doux comme miel,
Pierre qui sentis la darde
De la belle Nesmengarde,
L’autre Arnaud qui n’eus soulas
De la Dame de Bourlas,
Bernard, Anselme, Folquette
Qui capucin te rendis,
Et Raimbaud qui de Phanette
Rimas en Aubes et Dits :
Votre vertu, de l’arbre du Pénée,
Aux champs d’Élise soit à jamais couronnée,
Aimables provençaux par qui sut bien les sons,
Mignardement sonnés, des jeux et des tensons,
En pays champenois, le grand Thibaut, mon maître.

Sur tes grèves conduit paître
Protée encor son troupeau,
Ô Provence qui vis naître
Et Pontopore et Spéio,
Et la belle Galatée,
Et Mélite au doux souris,
Filles que du dieu Nérée
Eut la princesse Doris.
Rivage heureux, si la Parque me file
Des jours d’amertume trempés,
Alors que les épis stériles
Auront mon attente trompé,
J’irai vers toi ; à l’heure où la cyprine
Vesper ramène la fraîcheur,
Couché dessus l’herbe marine,
J’appellerai le sort de Glaucque le pêcheur.

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