
Introduction – Vasile Alecsandri

Étienne, Étienne, Voïvoda,
Sort tout armé de Suciava,
Bat Tatars et Polonois,
Bat Turcs, Russes et Hongrois ;
Altesse princière,
N’écoute pas les Grecs ;
Car ils mangeront ta tête.
Le Grec est un serpent venimeux ;
Le Grec est un poison contagieux
Qui pénètre jusqu’aux os.
Que le monde pour eux soit un désert, un vide !
Que partout sous leurs pas des piéges soient tendus !
Et toujours dispersés, sans compagnon, sans guide,
Que tous mes maux leur soient rendus !
Qu’ils ne puissent jamais ni se voir, ni s’entendre !
Que pour vivre ils tendent la main,
Ou qu’ils soient réduits à se vendre
Pour une goutte d’eau, pour un morceau de pain !
Pruth ! rivière maudite !
Puisses-tu devenir large
Comme le déluge aux eaux troubles !
Que le rivage ne puisse voir le rivage,
Ni la voix entendre la voix,
Ni les yeux rencontrer les yeux,
À travers ta vaste étendue !
Quand les sauterelles passeront,
Qu’elles se noient dès l’autre bord ;
Quand les choléras passeront,
Qu’ils se noient au milieu de ton cours ;
Quand les ennemis du pays passeront,
Qu’ils se noient près de notre rive !
Et toi, Pruth, fier de tes eaux,
Puisses-tu les porter, les porter encore,
Jusqu’au Danube, jusqu’à la mer,
Et jusqu’à l’entrée des enfers !
E slut
La Prut,
Domnule, maria ta
Tu pe Greci nuĭ asculta
Că cĭ capul ți-or manca
Grecu’ĭ fiară veninoasă
Grecuĭ boală lipicioasă
Ce patrunde pan la oase.
« Or, quant à mon ancêtre, il a tiré sa trace
« D’où le glacé Danube est voisin de la Thrace.
« Plus bas que la Hongrie, en une froide part,
« Est un seigneur nommé le marquis de Ronsard,
« Riche d’or et de gens, de villes et de terres.
« Un de ses fils puinés avait amour la guerre ;
« Un camp d’autres puinés assembla, hasardeux,
« Et quittant son pays, fait capitaine d’eux,
« Traverse la Hongrie et la Basse-Allemagne,
« Traverse la Bourgogne et la grasse Champagne,
« Et hardi vint servir Philippe de Valois
« Qui pour lors avait guerre avecque les Anglois. »
Prutule ! riŭ blastemat,
Fecete-aĭ adinc și lat
Ca potopul tulburat.
Mal cu mal nu se zarească,
Glas cu glas nu se lovească,
Ochi cu ochi nu se ajungă
Pe intinderea ta lungă.
Cand lacustele vor trece
La ist mal se se înece !
Holerile cand or trece
Pe la mijloc se se’ nece !
Dușmaniĭ țeriĭ de-or trece
La cel mal se se înece,
Ear tu’n valurile tale
Se’ ĭ tot ducĭ, se’ ĭ ducĭ la vale
Pan’ in Dunere și’ n mare
Pan’ la Jaduluĭ hotare.






















