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Sylvestre. – Victor Hugo

Sylvestre. – Victor Hugo

Moi, j’ai les clefs. La force est moins que la vertu.
Deux mains jointes font plus d’ouvrage sur la terre
Que tout le roulement des machines de guerre.
César est grand; mais Christ, à la douceur enclin,
Près de l’homme de pourpre a mis l’homme de lin.
Je suis le Père. En moi la lumière se lève,
Et ce que l’empereur commence, je l’achève;
Il absout pour la terre, et j’absous pour le ciel.
Le grand césar ne peut rien donner d’éternel.
Il t’offre une couronne, et moi je t’offre une âme;
La tienne. En t’isolant, comme en un schisme infâme,
Triste excommunié, tu l’as perdue, hélas!
Je te la rends. Frémis, vieillard, tu reculas
Vers Satan, et tu fis outrage au ciel propice
Quand tu mis entre nous et toi ce précipice.
Fils, veux-tu regagner ta part du paradis,
Rentrer chez les élus, fuir de chez les maudits;
Cède à moi qui suis pape, héritier des apôtres.

Un homme paraît entre deux créneaux au haut de la tour. Il est
tout habillé de fer. Sa barbe blanche passe sous sa visière baissée.
Il se découpe en noir sur le fond de neige de la montagne. La nuit
commence à tomber.

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