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L’Atelier du Menuisier – Maurice Rollinat

L’Atelier du Menuisier – Maurice Rollinat

L’atelier dort dans l’ombre grise :
Rampant des solives aux murs,
Les rayons et les clairs-obscurs
Y font un jour de vieille église.

J’ai tout le temps d’étudier
Chaque outil, sa forme et sa pose :
Le menuisier étant pour cause
Parti chez le cabaretier.

Sur l’établi — branches mi-jointes —
La pince ! — à côté, goguenard,
Le marteau-tête-de-canard
Ricanant sur un sac de pointes.

Au long du maillet lisse et net,
Le vilebrequin sans sa mèche
Ajoute un 5 baroque et rèche
Au valet qui fait un grand 7.

Là, sur du vieil acajou rouge,
Le compas chevauche un racloir
Dont le coupant semble en vouloir
Au canal oblong de la gouge.

Ici, sont groupés sans façon
Tous les ciseaux jusqu’au bec-d’âne ;
Une serpe luit, toute crâne,
Entre l’alène et le poinçon.

Figurant une olive jaune
En travers au bout d’un grand clou,
La vrille apparaît dans le flou
Avec un pain de cire en cône.

Du papier de verre en rouleau
Et le pinceau du pot à colle
Qui peint, vernit, mouille, bricole,
Se trempe dans l’huile et dans l’eau !

À moitié droites, les tenailles
Braquant leur bâillement sournois
Sur des ferrures de vieux bois
En pente contre les murailles !

Là, sortant d’un petit sabot,
La pierre à repasser, — navette ; —
Dans un vieux tesson de cuvette
Une brosse, près d’un rabot.

Celui-là se morfond il grille
De refaire siffleusement
Sous son lamineux glissement
Maint beau ruban qui se tortille.

Un tournevis long comme un doigt !
D’autres énormes, d’aspect drôle,
Grattant, raclant, jouant le rôle
D’espèces de ciseaux à froid.

Vraiment dignes d’un antiquaire,
Règle plate et long crayon plat
— Deux inséparables — sont là
Sur l’angle écorné de l’équerre.

Plus loin, ce martelet nabot,
Le diamant coupeur de vitre,
Un fouillis de clous près d’un litre
Un bout de chandelle au goulot !

Une pauvre lime rognée
Se mire d’un air malheureux
Dans un bout de carreau vitreux
Couvert de toiles d’araignée.

Enfin, contre un bloc de mastic,
Sa lamelle en plein dans la pâte,
Le mètre se tord en aspic
Sur l’encaustique qui se gâte…

À terre, parmi les copeaux,
Dans la sciure, sous des pailles,
De mélancoliques ferrailles
Et de respectables vieux pots !

Sur une table où la limace
Traîne sa glu, — des bois mouillés…
Moussue, entre ses coins rouillés,
La grosse tête de la masse.

La tarière, ce grand T
En forme d’ancre de navire,
Qui mange le bois, tourne et vire
Dans les nœuds de sa dureté !

La besaiguë, aux lames vives,
Dont le manche veut les deux mains
Et qui sur le bord des chemins
Taille et dégrossit les solives !

D’autres outils des charpentiers,
Certains pour charrette et pendule,
Car notre menuisier cumule
Et fait un peu tous les métiers…

Et, tandis qu’au fond de l’échoppe,
Tout debout, la cognée en fer
Et la hachette en acier clair
Regardent songer la varlope,

Tandis qu’un petit papillon,
Perdu là sans se reconnaître,
Tape et retape à la fenêtre
Où le soir met son vermillon,

Trouvant la minute choisie,
Un chat furtif et papelard
Vient manger la couenne de lard
Sous les dents mêmes de la scie.

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