Sur l’eau – Marie Krysinska
Les départs sur l’eau qui semblent flamber,
Vaincue par trop de soleil et blessée
De mille traits d’or ;
Les départs, dans l’arome vigoureux des plantes
Aquatiques — réponses roses, pâles nénuphars —
Sont comme des départs, vierges encor,
Dans la vie parfumée de vierge espoir.
Là-bas, la route est couleur d’azur
Et, plus près des bords, couleur de feuillée.
Les nids impatients crient dans les saulaies.
Chantez, les avirons, votre chanson joyeuse,
La hâte d’atteindre et la splendeur du but.
Chantez, les retombantes gouttelettes,
D’incomparables chansonnettes.
Le bateau vole comme une hirondelle
Vers tout cet azur et tous ces beaux horizons ;
Sa course légère fait incliner et fuir les joncs ;
Puis, l’heure fraîchit et devient pensive,
Le décor dans le vague se suspend.
Irréelles flottent les rives,
Les buissons, doublés dans le courant,
Paraissent tressés en lourdes couronnes
Et la surface de la rivière est immobile et lisse.
Tant, que le ciel qui s’y mire
Est un autre ciel plongé dedans ;
Pareils à de grands poissons nacrés
Voguent, au fil du flot, les nuages d’argent
Et leurs écailles lointaines frôlent les roseaux tremblants.
Les avirons tombent sans bruit
Dans cet éther humide ;
Les saules rêvent, l’air est candide.
Ce paysage de silence est comme une mémoire fidèle,
Comme une âme apaisée
Qui garde au fond d’elle
Tout un ciel de jadis reflété.