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La vallée des larves – Maurice Magre

La vallée des larves – Maurice Magre

Les monstres vagissants enfantés par la femme
Étaient amoncelés sur les rochers crayeux…
Certains ouvraient des yeux énormes et sans flammes,
De frêles cous pliaient sous des crânes laiteux.

Et d’autres éclataient de sang pâle et de glaire,
Riaient avec un rire édenté de vieillard.
Des corps mous et bouffis sortaient du sol calcaire,
Semblaient en s’étalant de vivants nénufars.

Un vent froid remuait ce peuple en cartilages,
Ces larves sans contour, ces germes suintants
Et la vallée avec ces blanchâtres visages
Ressemblait la sanie et le pus du printemps.

La Parque descendait près de moi la colline.
Elle était belle et triste en le déclin du jour
Et vers le sol vivant courbant sa grande échine
Elle touchait du doigt les monstres tour à tour.

Et tout le mal inscrit au livre des ténèbres
Pénétrait ces cerveaux corrompus en naissant,
Il dessinait les traits, durcissait les vertèbres,
S’infiltrait dans leurs nerfs et coulait dans leur sang.

De sorte que ces crânes mous en apparence
Renfermaient cependant la pierre de l’orgueil,
La colère de marbre et les fureurs immenses
Qui devaient déchaîner les douleurs et les deuils.

Les visages réduits prenaient des bouffissures
De haine, devenaient tout à coup malfaisants.
Ces fœtus irrités dans des caricatures
De combats, essayaient leurs gencives sans dents.

Ils se dressaient grotesquement sur les chevilles
Et tentaient de leurs mains sans ongles de frapper,
Ou rampant sur le ventre ainsi que des chenilles
Ils se pressaient avec effort pour s’étouffer.

Mais la Parque toujours touchait les petits êtres
Et tranquille marchait vers le soleil couchant
Et toujours par milliers ceux qui venaient de naître
Affluaient à ses pieds comme l’herbe des champs.

Et je lui dis: «Ceci n’est qu’ortie et qu’ivraie:
Dans cet endroit maudit pourquoi porter tes pas
Puisque l’enfance humaine est une grande plaie
Qui coule et s’agrandit et ne guérira pas?»

Et la déesse alors au fond de la vallée
S’arrêtant, me montra dans un entassement
Effroyable, au milieu des formes emmêlées,
Un visage, rien qu’un, mais sensible et charmant…

Et le soleil mourant sur cette maladie
De la terre éclaira dans l’humus qui poussait
Un œil déjà bleuté par la naissante vie,
Un tremblotant éclat d’âme qui paraissait.

Et la Parque me dit: «Tout le mal de la terre
Est payé par un seul, s’il est vraiment humain.»
Et je la vis partir tranquille et solitaire
Parmi le flot montant des monstres enfantins.

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