
Sonnet – Charles Baudelaire

Lorsque de volupté s’alanguissent tes yeux,
Tes yeux noirs flamboyants de panthère amoureuse,
Dans ta chair potelée, et chaude, et savoureuse,
J’enfonce à belles dents les baisers furieux.
Je suis saisi du rut sombre et mystérieux
Qui jadis transportait la Grèce langoureuse,
Quand elle contemplait, terre trois fois heureuse,
L’accouplement sacré des Hommes et des Dieux.
Puis, sur mon sein brûlant, je crois tenir serrée
Quelque idole terrible et de sang altérée,
A qui les longs sanglots des moribonds sont doux,
Et j’éprouve, au milieu des spasmes frénétiques,
L’atroce enivrement des vieux Fakirs hindous,
Les extases sans fin des Brahmes fanatiques.
[Sur l’album de Mme Émile Chevalet.]
Au milieu de la foule, errantes, confondues,
Gardant le souvenir précieux d’autrefois,
Elles cherchent l’écho de leurs voix éperdues,
Tristes comme le soir deux colombes perdues
Et qui s’appellent dans les bois.
*
* *
Je vis, et ton bouquet est de l’architecture:
C’est donc lui la beauté, car c’est moi la nature;
Si toujours la nature embellit la beauté,
Je fais valoir tes fleurs… me voilà trop flatté.
[Footnote 26: Cette pièce avait été communiquée par Louis Ménard à
Charles Cousin, qui la cita dans Charles Baudelaire, souvenirs,
correspondances, biographie suivie de pièces inédites (Paris, chez
René Pincebourde, 1872).]
[Footnote 27: Cités par M. Hignard, qui avait été le condisciple de
Baudelaire au collège de Lyon. (Le Midi hivernal, 17 mars 1892.)]
[Footnote 28: Le Monde illustré, 4 novembre 1871; communication de M.
Antony Bruno, auquel Baudelaire avait donné ce sonnet en 1840.]
[Footnote 29: Cette pièce a paru pour la première fois dans un numéro
de Paris à l’eau-forte (17 octobre 1875), — moins les vers 19 à
24, qui ont été rétablis par la Jeune France (janvier-février
1884).
Une note de la rédaction de Paris à l’eau-forte mentionne qu’elle
figure sur l’album de M. A. Buchon. (Note du collecteur des Œuvres
posthumes, MCMV.)]
[Footnote 30: Jacques Crépet, Charles Baudelaire. Lib. Varnier, A.
Messein, succ., Paris, MCMVII.]
[Footnote 31: Publiée par le prince A. Ourousof dans Le Tombeau de
Charles Baudelaire, 1890, avec cette note: «Chanson inédite de
Baudelaire communiquée par M. Hoctes. Cette pièce était destinée au
drame intitulé L’Ivrogne: «Le Chat Noir», n° 288 du 31 juillet
1886.»]
[Footnote 32: Eugène Crépet, Charles Baudelaire, Œuvres posthumes,
etc. Cette pièce était incluse dans la première lettre de Baudelaire
à Sainte-Beuve (V. Lettres, 1844)–signée Baudelaire-Dufays.]
[Footnote 33: C’est «longueurs» qu’on lit chez M. E. Crépet, mais le
contexte exige évidemment «langueurs». Note du collecteur des
Œuvres posthumes, MCMV.]
[Footnote 34: Dans le texte original, ce mot est orthographié alterre.]
[Footnote 35: La Renaissance latine, 15 décembre 1902. Ces vers,
signés B. D., et publiés par le docteur M. Laffont, sont écrits «au
verso d’une feuille d’album où se trouve une poésie de Pierre Dupont,
également inédite, que le grand chansonnier de Lyon dédie, le 18
octobre 1844, comme «essai de plume», à Edward Hanquet, le
philosophe». (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV). Il
s’agit sans doute de M. Henkey, riche amateur anglais.]
[Footnote 36: La Gironde littéraire, 15 avril 1888.]
[Footnote 37: Le Midi hivernal, 24 mars 1892. Remis par Baudelaire à
M. Hignard.]
[Footnote 38: Le Monde illustré, 2 décembre 1871, sous ce titre:
Sonnet inédit de Charles Baudelaire (sic) et la signature Charles
Baudelaire. (Note du collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)]
[Footnote 39: Nouveau Parnasse satyrique du XIXe siècle, 2e édit.
(Bruxelles, 1881). Ce portrait est ainsi intitulé, dans ce recueil,
parce qu’il y succède à trois autres pièces sur Monselet. (Note du
collecteur des Œuvres posthumes, MCMV.)]
[Footnote 40: Les frères Lionnet, souvenirs et anecdotes, Paris,
1888.]
[Footnote 41: Œuvres posthumes, MCMV, et accompagné de la note
suivante du collecteur: Collection Gustave Kahn. Ce quatrain est écrit
de la main de Baudelaire au bas d’un billet à lui évidemment adressé,
et non signé, dont voici le texte:
«Mardi 3 novembre.
«Vous m’avez envoyé des vers sans papillon, permettez-moi de vous
offrir des fleurs sans vers, et pour me prouver que mon goût a su
comprendre le vôtre, mettez-les ce soir à votre boutonnière,
«Car toujours la nature embellit la beauté.»]























