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Je suis timide mais je me soigne – Pierre Richard

Je suis timide mais je me soigne – Pierre Richard
Pierre Renaud est caissier dans un grand hôtel de Vichy, et il est timide. Pas un peu : au point de rougir quand on lui demande la monnaie, de bafouiller devant un client, de fuir quand une femme le regarde. Un jour, une femme le regarde vraiment. Elle s’appelle Agnès, elle est belle, elle est de passage, et elle repart. Pierre décide de la suivre, et, pour avoir une chance, de se guérir. « Je suis timide mais je me soigne », sorti le 23 août 1978, est le récit de cette cure, et l’un des plus grands succès de Pierre Richard, avec plus de deux millions et demi de spectateurs.

Pierre Richard, auteur

On connaît surtout Pierre Richard comme acteur, le grand blond distrait des comédies d’Yves Robert et de Francis Veber. On oublie qu’il fut aussi réalisateur, et que ses propres films ont une couleur bien à eux. Après « Le Distrait », « Les Malheurs d’Alfred » et « Je sais rien, mais je dirai tout », « Je suis timide mais je me soigne » est son quatrième long métrage, et peut-être le plus abouti.

Il en écrit le scénario avec Alain Godard et Jean-Jacques Annaud, qui venait de recevoir l’Oscar du film étranger pour « La Victoire en chantant » et qui n’avait pas encore tourné « La Guerre du feu ». Le trio construit une comédie de mouvement, faite de gags visuels et de maladresses, mais qui repose sur un sentiment très réel : la honte d’être soi.

La timidité comme sujet

Le personnage de Pierre Richard a toujours été un timide, un gaffeur, un homme qui ne sait pas où mettre ses mains. Ici, il fait de ce trait le sujet même du film, et il le traite avec une précision presque clinique. Pierre Renaud rougit, transpire, perd ses moyens, et chacune de ses crises est à la fois drôle et un peu douloureuse à regarder.

Le film ne se moque pas de lui. Il montre un homme qui souffre de ne pas pouvoir dire ce qu’il ressent, et qui décide de faire quelque chose. C’est ce qui le distingue d’une simple comédie de gaffes : la timidité y est une infirmité, et la guérir, une aventure.

Aldo Maccione, le professeur

Pour se soigner, Pierre rencontre Aldo Ferrari, joué par Aldo Maccione, un séducteur de profession qui prétend enseigner l’assurance à ceux qui en manquent. C’est le duo du film, et il fonctionne à merveille : d’un côté, le grand maigre qui n’ose rien ; de l’autre, le petit costaud qui ose tout, roule des épaules et parle fort.

Maccione, qui avait rendu célèbre sa démarche de séducteur dans « L’aventure c’est l’aventure », en fait ici une caricature assumée, et ses leçons, où il apprend à Pierre à marcher, à regarder, à parler aux femmes, sont parmi les scènes les plus drôles du film. Les deux acteurs se retrouveront l’année suivante dans « C’est pas moi, c’est lui ». Trois ans plus tard, Alain Godard écrira pour Maccione un autre rôle de colosse timide, dans « Pourquoi pas nous ? ».

De Vichy à Nice

La poursuite d’Agnès, jouée par Mimi Coutelier, entraîne Pierre hors de Vichy, jusqu’aux casinos et aux palaces de Deauville et de Nice. Le film a été tourné dans ces trois villes : le décor thermal et un peu vieillot de Vichy, le casino de Deauville, la promenade des Anglais et l’hôtel Negresco à Nice. Ces lieux de villégiature, élégants et un peu figés, font un contrepoint amusant à la panique permanente du héros.

En chemin, Pierre croise une galerie de personnages que Richard filme avec affection : Jacques François, impeccable comme toujours, Catherine Lachens en routière, Robert Dalban en garagiste. Chacun est une épreuve de plus pour un homme qui ne sait pas parler aux gens.

La musique de Vladimir Cosma

Vladimir Cosma, qui avait signé la musique du « Grand Blond avec une chaussure noire » et resta le fidèle compagnon de Pierre Richard, signe une partition légère et entraînante, qui accompagne les maladresses du héros sans jamais les souligner. Cosma avait ce talent rare de faire une musique de comédie qui ne soit jamais comique, et qui laisse au film sa part de mélancolie.

Conclusion : guérir sans changer

Ce qui a vieilli, ce sont les leçons de séduction d’Aldo, dont le machisme fait aujourd’hui grincer des dents autant que rire, et un personnage féminin qui n’existe guère que comme objet de la poursuite. Le film est de son époque, et il en porte les limites.

Ce qui n’a pas bougé, c’est Pierre Richard lui-même, dont le corps entier dit la gêne, l’embarras et l’espoir. Le titre promet une guérison ; le film montre surtout qu’on ne cesse jamais tout à fait d’être timide, et qu’on peut aimer quand même. C’est la leçon la plus douce de toute la carrière de Pierre Richard, et l’une des plus justes.

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