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Polychromie – Franc-Nohain

Polychromie – Franc-Nohain

O Venise
Que de sottises
On commet au nom
De ton blond,
Et que de femmes, sans raison,
Qui vers toi seul, henné, hennissent!

Car nous ne savons, cher caprice,
Quand nous rentrons à la maison,
En quel ton nous retrouverons,
Ou pain d’épice,
Ou bien chaudron,
Notre compagne et son chignon:

O Venise!

Mais Dieu nous garde, sur notre âme,
D’en témoigner surprise ou blâme:
Aussitôt, sur le mode amer:
–Désolée, désolée, mon cher,
De déjouer vos petits calculs;
Vous n’aimez pas le changement,
Probablement
Toutes vos maîtresses étaient brunes:

Et que si j’eus la fantaisie,
Moi, légitimement choisie,
D’interrompre cette série,
Le coup vous en semble trop rude?
Tant pis!
A votre aise faites la grimace,
Il faut en prendre votre parti:
La rouge passe!–

Si, d’autre part, nous nous taisons,
Alors c’est une autre chanson:
–Voilà! mettez-vous donc en frais,
C’est bien la peine!
Comme si Monsieur regarderait
Jamais
Une femme qui est la sienne!
Je m’ingénie à trouver chaque jour
Quelque moyen nouveau de piquer son amour:
Bah! que demain je me promène,
Des cheveux héliotrope épandus sur mon dos,
Il l’apprendra par les journaux…
C’est bien la peine!–

Épouse, ô femme, impitoyable logicienne!

Et cependant, au mur, en un pastel ancien,
Voici l’aïeule figurée;
Une neige prématurée
Fait ressortir les lys et les roses du teint;

Petite aïeule en falbalas,
La frimousse friponne sous la poudre à frimas,
Au moins, pensé-je, avec la mode que voilà,
On savait toujours à quoi s’en tenir…
Pourtant, dans votre cadre ovale, n’est-ce pas
Qu’en me clignant de l’œil, vous vous prîtes à rire,
Mignonne aïeule, sous la poudre à frimas?

Las! en ce temps-là comme au nôtre,
Femme jamais se fit-elle faute,
En ses cheveux ou bien ailleurs,
De mettre sous nos yeux la gamme des couleurs?
Toutes les couleurs, supposons-nous? Erreur!

Nous en verrons encor bien d’autres!

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