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Edmond Haraucourt — Celui dont on connaît un vers et rien d’autre

Edmond Haraucourt — Celui dont on connaît un vers et rien d’autre

1856 — 1941

Rien n’était. Le Néant s’étalait dans la nuit ;
Nul frisson n’annonçait un monde qui commence :
Sans forme, sans couleur, sans mouvement, sans bruit,
Les germes confondus flottaient dans l’ombre immense.

Les Atomes

« Partir, c’est mourir un peu. » Tout le monde connaît ce vers, presque personne ne sait de qui il est. Il ouvre le Rondel de l’adieu, écrit par Edmond Haraucourt en 1891, mis en musique, chanté partout, devenu proverbe — c’est-à-dire devenu anonyme.

C’est le sort le plus étrange qui puisse arriver à un poète : réussir si bien qu’on lui prend son bien.

L’autre Haraucourt

Le Vagabond n’héberge pas ce rondel-là. Il en garde autre chose, et c’est tant mieux : cent quarante pièces qui montrent un poète beaucoup plus rugueux que sa réputation de romance.

« Les Atomes » raconte la formation du monde à partir du néant, en alexandrins, avec un vocabulaire de laboratoire. « L’Immuable » nombre la poudre des astres qui croulent tour à tour. « La Cité morte » décrit une ville vide sous un ciel platement bleu, « triste comme la Mort et grande comme Dieu ».

C’est le versant scientifique et pessimiste de la fin du XIXe siècle, celui de Sully Prudhomme et des poètes qui avaient lu Darwin. On ne le lit plus du tout, et c’est un pan entier de la poésie française qui manque.

Le scandale, et le musée

Sa carrière a commencé par un livre érotique publié sous pseudonyme, La Légende des sexes, qui lui a valu une réputation sulfureuse ; elle s’est achevée en costume de conservateur, à la tête du musée de Cluny puis du musée des Thermes.

Entre les deux, il a écrit des drames, des romans, des poèmes de guerre, et vécu quatre-vingt-cinq ans. Il est mort en 1941, dans une France occupée, plus de cinquante ans après avoir donné à la langue française une expression que tout le monde emploie sans le savoir.

Choix de textes

  • Les Atomes — La formation du monde à partir du néant, en alexandrins et en vocabulaire de laboratoire.
  • L’Immuable — « Nombre la poudre innombrable des astres. » Le pessimisme cosmique du siècle.
  • La Cité morte — Une ville vide, « triste comme la Mort et grande comme Dieu ».
  • Sonnets de sang : Religion — Le versant violent, qui lui a valu sa réputation sulfureuse.
  • L’Introuvable — Ce qu’on cherche et qui n’existe pas. Son sujet, sous tous ses titres.
  • Europe — Le continent pris comme personnage, avant que le siècle ne s’en charge.
  • En Crète — L’archéologie et le mythe, chez un futur conservateur de musée.
  • L’Orfèvre — Le travail de la matière précieuse, métaphore transparente du métier de poète.
  • Le Vase — L’objet parfait et fragile — le sujet obligé du Parnasse, traité sans convention.
  • Conseil du Maître — Ce qu’un aîné transmet, et ce que le disciple en fait.

Pour le lire

L’Âme nue (1885) — le grand livre philosophique, d’où viennent « Les Atomes » et « L’Immuable ».

Seul (1891) — le recueil qui contient le Rondel de l’adieu et son vers devenu proverbe.

La Légende des sexes (1882, sous pseudonyme) — le début scandaleux. Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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