
Les Petits endormis – Maurice Rollinat

En face d’un grand nénuphar,
Près d’un étang perdu qui vaguement moutonne,
Le petit pauvre et le petit lézard
Ont été si grisés par la chaleur d’automne
Qu’ils prolongent encor leur sieste monotone :
Et, pourtant, l’air fraichit, le ciel devient blafard.
Puis le temps change, à grands coups sourds il tonne !
Sans mouvement et sans regard,
Tous deux ne bougent pas ! Le hibou s’en étonne :
D’où vient qu’ils restent là, par l’orage et si tard ?
C’est qu’ayant bien voulu que chacun prit sa part
Du bon soleil si cher à quiconque frissonne,
Maternellement, comme une madone,
La mort, au même instant sur ce talus hagard
A touché du sommeil dont ne revient personne
Ces mignonnets frileux, réunis par hasard,
Le petit pauvre et le petit lézard.























