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Le roi est le roi – Victor Hugo

Coucher de soleil, Lion's Mouth, Guyane néerlandaise, Albert Goodwin (1912)

Tableau : Coucher de soleil, Lion's Mouth, Guyane néerlandaise, Albert Goodwin, 1912

Roi, vous vous croyez moins prince
Et vous jurez par l’enfer
Dans cette montagne où grince
Ma vieille herse de fer;

D’effroi votre âme est frappée;
Vous vous défiez, trompeur;
Traître et poltron, mon épée
Vous fait honte et vous fait peur.

Vous me faites garder, sire;
Vous me faites épier
Par tous vos barons de cire
Dans leurs donjons de papier:

Derrière vos capitaines
Vous tremblez en m’approchant;
Comme l’eau sort des fontaines,
Le soupçon sort du méchant;

Votre altesse scélérate
N’aurait pas d’autre façon
Quand je serais un pirate,
Le spectre de l’horizon!

Vous consultez des sorcières
Pour que je meure bientôt;
Vous cherchez dans mes poussières
De quoi faire un échafaud;

Vous rêvez quelque équipée;
Vous dites bas au bourreau
Que, lorsqu’un homme est épée,
Le sépulcre est le fourreau;

Votre habileté subtile
Me guette à tous les instants;
Eh bien! c’est peine inutile
Et vous perdez votre temps

Vos précautions sont vaines;
Pourquoi? je le dis à tous:
C’est que le sang de mes veines
N’est pas à moi, mais à vous.

Quoique vous soyez un prince
Vil, on ne peut le nier,
Le premier de la province,
De la vertu le dernier;

Quoique à ta vue on se sauve,
Seigneur; quoique vous ayez
Des allures de loup fauve
Dans des chemins non frayés;

Quoiqu’on ait pour récompense
La haine de vos bandits;
Et malgré ce que je pense,
Et malgré ce que je dis,

Roi, devant vous je me courbe,
Raillé par votre bouffon;
Le loyal devant le fourbe,
L’acier devant le chiffon;

Devant vous, fuyard, s’efface
Le Cid, l’homme sans effroi.
Que voulez-vous que j’y fasse
Puisque vous êtes le roi!

XVI

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