
Henri Rousseau
Il n’a pratiquement jamais quitté Paris, et il a peint des forêts vierges. Henri Rousseau trouvait ses jungles au Jardin des plantes, au Jardin d’acclimatation, dans les revues illustrées et les revues de botanique de son temps. Employé à l’octroi de la ville, où il contrôlait l’entrée des vins et des alcools, il y gagna le surnom de « Douanier » que lui donna Alfred Jarry et que la critique reprit pour se moquer de lui.
Né à Laval en 1844, il commence à peindre en autodidacte en 1872 et n’entre dans la vie artistique qu’à plus de quarante ans. En 1886, il expose pour la première fois au Salon des indépendants, sans jury d’entrée ; parmi ses quatre tableaux figure Un soir de carnaval. C’est la plus ancienne toile de ce mur, sous le titre Soir de carnaval. Elle retint alors peu l’attention, et le « peintre du dimanche » essuya longtemps les sarcasmes.
Ce mur, qui court de 1886 à ses dernières années, montre surtout le Rousseau des paysages. Ses vues de Paris aiment ce qui est neuf : poteaux télégraphiques, ponts métalliques, dirigeables, tour Eiffel. Le pont de Sèvres (1895) et La Seine et la tour Eiffel au soleil couchant (1910) en sont deux bons exemples. Regardez aussi comment il traite l’espace : pas de perspective savante, mais des distorsions d’échelle qui grandissent ce qui compte à ses yeux, à la manière des artistes du Moyen Âge. La Vue de l’île Saint-Louis, près du port Saint-Nicolas (1888) et Notre-Dame vue de l’île Saint-Louis du quai Henri-IV (1909) se répondent à vingt ans d’écart, le long de la même Seine. La première illustre sur le site La Carpe de Guillaume Apollinaire, l’ami qui lui écrira son épitaphe.
Des « jungles », le thème qui l’occupa jusqu’à sa mort, le mur ne garde qu’une toile, mais elle suffit à faire comprendre le reste : Singes et perroquet dans la forêt vierge (1905). On y trouve des singes comme ceux que lui inspiraient la ménagerie du Jardin d’acclimatation et les revues, et une flore entièrement inventée, aux feuillages disproportionnés. Les avant-gardes aimaient ces verts innombrables ; Picasso donna pour lui un banquet au Bateau-Lavoir en 1908.
Rousseau meurt à l’hôpital Necker en 1910, sans le sou, et il est d’abord inhumé dans une fosse commune. En 1912, Apollinaire, les Delaunay et quelques amis se cotisent pour une concession, et Apollinaire rédige à la craie l’épitaphe gravée ensuite par Brâncuși. Elle se termine ainsi : « Nous t’apporterons des pinceaux, des couleurs et des toiles / Afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réelle / Tu les consacres à peindre comme tu tiras mon portrait / La face des étoiles. »





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- Le Douanier Rousseau, Hazan, 2026
- Henri Rousseau, Gallimard, 2026
- Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, Éditions Hazan, 2016
Guillain Méjane



















