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Aristide Bruant — Celui qui a fait entrer l’argot dans la chanson

Aristide Bruant — Celui qui a fait entrer l’argot dans la chanson

1851 — 1925

Papa c’était un lapin
Qui s’app’lait J.-B. Chopin
Et qu’avait son domicile,
À Bell’ville ;

Belleville-Ménilmontant

Vous connaissez sa silhouette sans connaître son nom : le grand chapeau noir, la cape, l’écharpe rouge, les bottes. C’est l’affiche que Toulouse-Lautrec a faite pour lui en 1892, et elle a survécu à ses chansons.

Ce qu’il y avait sous le costume mérite mieux. Aristide Bruant est le premier à avoir écrit les faubourgs de Paris dans la langue des faubourgs — l’argot, l’élision, la syntaxe parlée — sans la traduire pour les gens du centre.

Le Mirliton

Ancien employé de chemin de fer, il commence au Chat Noir puis reprend la salle pour son compte et l’appelle Le Mirliton. Le principe est resté célèbre : il insultait ses clients. Les bourgeois venaient de tout Paris pour se faire traiter de tous les noms par un homme en écharpe rouge, et payaient pour cela.

C’était une trouvaille commerciale, et c’était aussi autre chose : une manière de renverser d’un cran le rapport entre celui qui chante la misère et ceux qui viennent l’écouter à leur aise.

Dans la rue

Ses chansons portent des noms de quartiers — Belleville-Ménilmontant, Saint-Ouen, la Bastille, la Villette — et racontent ceux qui y vivent : les filles, les macs, les récidivistes, les petits joyeux des bataillons d’Afrique. Il ne les excuse pas et il ne les juge pas ; il note.

La langue est le vrai sujet. « Papa c’était un lapin » — un lapin, c’est-à-dire un gaillard. Il faut souvent un dictionnaire d’argot aujourd’hui, et c’est ce qui fait la valeur documentaire de l’ensemble : c’est le seul endroit où l’on entend parler le Paris populaire de 1890.

Après

Il a fait fortune, s’est retiré à la campagne, a écrit des romans, publié un Dictionnaire de l’argot au XXe siècle, et il est mort en 1925 sans être jamais redevenu pauvre.

Le Vagabond en garde cent trente-neuf pièces. C’est un corpus rude, souvent violent, parfois insoutenable — et c’est de la poésie, quoi qu’en aient pensé les revues de son temps.

Choix de textes

  • Belleville-Ménilmontant — Une famille, deux quartiers, et la langue qu’on y parlait vraiment.
  • À Saint-Ouen — Le principe de toute son œuvre : un lieu, et ceux qui y vivent.
  • Soupé du mac — Le proxénétisme raconté du point de vue de celle qui le subit. Sans une once de morale.
  • Heureux — Le titre est une ironie, et le poème ne la souligne jamais.
  • Riche nature — L’ironie sociale à son tranchant maximum.
  • Empiromanie — Un néologisme de son cru pour une manie de son époque.

Pour le lire

Dans la rue (1889-1895, trois volumes) — les chansons des faubourgs, illustrées par Steinlen.

L’Argot au XXe siècle, dictionnaire français-argot (1901) — l’ouvrage du lexicographe.

L’affiche de Toulouse-Lautrec, en 1892, a survécu à ses chansons.

Guillain Méjane

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