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Arthur Rimbaud — Celui qui s’est arrêté à vingt ans

Arthur Rimbaud — Celui qui s’est arrêté à vingt ans

1854 — 1891

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…

Ophélie

Il a écrit tout ce qu’on lit de lui entre quinze et vingt ans. Après quoi il a cessé, définitivement, et il est parti vendre des armes et du café en Abyssinie pendant onze ans sans jamais reparler de poésie à personne.

Aucune autre œuvre au monde ne pose ce problème-là. On ne peut pas la lire sans penser au silence qui la suit, et ce silence en fait partie.

Charleville, et les fugues

Élève prodige, prix d’excellence, vers latins primés — et trois fugues avant dix-sept ans. En 1871 il envoie ses poèmes à Verlaine, qui répond : « Venez, chère grande âme, on vous attend. » Il vient.

Suivent deux ans de vie commune, d’errance et de scandale qui s’achèvent à Bruxelles par deux coups de revolver. Verlaine ira en prison ; Rimbaud rentrera écrire Une saison en enfer dans la ferme de sa mère.

Ce que le Vagabond garde

Le corpus réuni ici couvre les trois âges en un seul bloc. Les poèmes de jeunesse, où l’alexandrin est encore parfait et déjà miné — « Ophélie », « Le dormeur du val », « Ma bohème », « Au cabaret-vert ». Puis « Voyelles », qui donne une couleur à chaque lettre et qui a occupé les commentateurs pendant un siècle.

Puis les Illuminations, où la phrase se détache complètement du vers : « Barbare », « Royauté », « Conte ». Il n’y a rien avant cela dans la langue française, et presque tout ce qui suit en descend.

Le silence

On a beaucoup romancé son départ. La vérité tient sans doute en une phrase de Une saison en enfer : « Il faut être absolument moderne. » Il l’a été jusqu’au bout, y compris en décidant que la littérature ne l’intéressait plus.

Il est mort à Marseille en 1891, à trente-sept ans, d’un cancer, une jambe amputée. Sa sœur a raconté qu’il ne parlait que de repartir.

Choix de textes

  • Ophélie — Écrit à quinze ans. L’alexandrin y est déjà parfait, et déjà miné.
  • Le dormeur du val — Quatorze vers, et le dernier qui retourne tout le poème.
  • Ma bohème — Les poings dans les poches crevées. L’autoportrait à dix-sept ans.
  • Au cabaret-vert — Du jambon, de la bière, et une servante. Le bonheur pris sur le fait.
  • Voyelles — Une couleur par lettre. Un siècle de commentaires, et toujours pas de réponse.
  • Le Bateau ivre — Cent vers écrits par un garçon qui n’avait jamais vu la mer.
  • Le Cœur volé — Le poème le plus opaque et le plus violent de ses seize ans.
  • Les Pauvres à l’église — La misère et la dévotion regardées sans une once de charité.
  • Barbare — Une Illumination : la phrase s’est détachée du vers, et rien n’est plus pareil.
  • Alchimie du verbe — Il raconte lui-même ce qu’il a tenté, et pourquoi il arrête.

Pour le lire

Poésies · Une saison en enfer (1873) · Illuminations (1886) — tout tient en trois titres et cinq ans.

Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade — avec la correspondance d’Afrique, qui ne parle jamais de poésie.

Il n’a rien écrit après vingt ans, et il a vécu dix-sept ans encore.

Guillain Méjane

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