
Alphonse de Lamartine — Le premier romantique, et le plus endetté

1790 — 1869
Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
L’isolement
En mars 1820 paraissent les Méditations poétiques, un mince volume anonyme. Le succès est immédiat et total : la France découvre qu’un poème peut dire « je » sans être un exercice, qu’un paysage peut être un état d’âme, et que la mélancolie est un sujet.
Toute la poésie française du siècle sort de là. Hugo a dix-huit ans et il lit.
Ce que le premier livre a inventé
« L’isolement » ouvre le recueil et fonde le procédé : un homme s’assied au coucher du soleil, regarde une plaine, et le paysage devient peu à peu le portrait de ce qu’il ressent. Cela paraît banal aujourd’hui parce que deux siècles l’ont répété. En 1820, cela n’existait pas.
Ce que Lamartine y ajoute et que personne n’égalera, c’est une fluidité de la phrase : ses alexandrins n’ont pas l’air construits, ils coulent. On peut lui reprocher le flou, on ne peut pas lui reprocher l’effort.
L’homme public
Il a été autre chose qu’un poète, et il y a mis autant de sérieux. Diplomate, député, historien, il devient en février 1848 le chef du gouvernement provisoire et l’un des hommes les plus puissants d’Europe pendant quelques semaines. C’est lui qui fait garder le drapeau tricolore contre le drapeau rouge.
Puis l’élection présidentielle de décembre : il obtient dix-huit mille voix contre cinq millions et demi à Louis-Napoléon. La chute est absolue.
Vingt ans à écrire pour payer
Ruiné par sa générosité, par ses propriétés et par ses dettes, il passe les vingt dernières années de sa vie à écrire pour rembourser — des Cours familiers de littérature par livraisons, des histoires, des rééditions, tout ce qu’on lui achète.
Le corpus réuni ici en porte la trace : à côté des grandes odes, on trouve des vers de circonstance, des toasts de banquet, des pièces écrites pour une dame qui fondait une salle d’asile. C’est le travail d’un homme qui n’avait plus le choix, et il n’y a rien d’humiliant à le lire.
Il est mort en 1869, presque oublié, dans un Paris qui préparait déjà autre chose.
Choix de textes
- L’isolement — Le poème qui ouvre les Méditations et fonde tout le lyrisme du siècle.
- Pensée des Morts — L’automne et les disparus. L’une de ses réussites les plus tenues.
- Le Golfe de Baya — L’Italie, une barque, et le temps qui passe. Le procédé à son meilleur.
- Souvenir d’enfance, ou la Vie cachée — Milly, la maison de famille — celle qu’il a fini par devoir vendre.
- Une larme, ou Consolation — Le titre à double détente, forme qu’il affectionnait.
- Les Oiseaux — La nature observée pour elle-même, ce qui est plus rare chez lui qu’on ne croit.
- L’Humanité — Le versant philosophique et politique, celui de l’homme de 1848.
- Les Pavots — Le sommeil et l’oubli, chez quelqu’un qui en avait grand besoin.
- Sur des roses sous la neige — Une pièce de circonstance, et la preuve qu’il en réussissait.
- Vers écrits dans la chambre de J.-J. Rousseau — Le romantisme rendant visite à son ancêtre. Un pèlerinage en vers.
Pour le lire
Méditations poétiques (1820) — le livre qui a changé la poésie française en une saison.
Harmonies poétiques et religieuses (1830) · Jocelyn (1836) · La Chute d’un ange (1838).
Histoire des Girondins (1847) — le livre d’histoire qui a préparé 1848, et qu’il a écrit pour de l’argent.
Guillain Méjane























