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Un monstre à Paris – Eric Bergeron

Un monstre à Paris – Eric Bergeron

Dans le Paris inondé de 1910, un monstre sème la panique. Traqué sans relâche par le redoutable préfet Maynott, il demeure introuvable… Et si la meilleure cachette était sous les feux de « L’Oiseau Rare », un cabaret où chante Lucille, la star de Montmartre au caractère bien trempé ?

Un monstre à Paris séduit d’abord par le pittoresque revendiqué qu’il met en œuvre ainsi que l’hommage tout respectueux qu’il s’attache à rendre au septième art et au monde du spectacle. Nul besoin d’être un grand cinéphile pour reconnaître qui se cache derrière l’ingénieux et timide Monsieur Emile, et difficile de ne pas remarquer l’effort constant des auteurs pour placer leurs personnages dans des situations propices à la mise en abyme. Mais le procédé donne lieu à de beaux moments, qui tiennent au mélange de réalisme et de fantaisie œuvrant à cette reconstitution d’un Paris inondé au début du siècle. Bergeron joue à fond la carte du cliché – comme dans la séquence inaugurale, sous forme de bulletin d’information – mais il le fait avec un goût sincère pour une imagerie populaire et bon enfant qui séduira un public large, des (très) jeunes aux plus nostalgiques.

Ce n’est donc pas par manque d’imagination que pèche Un monstre à Paris, ni d’ailleurs par son rythme, plutôt efficace. Visuellement le film renvoie clairement à l’esthétique des Studios Dreamworks, toujours un peu tapageuse mais qui séduira les amateurs (Bergeron avait coréalisé pour eux Gang de Requins). Ce sont plutôt les personnages principaux qui posent problème. Le contraste est en effet saisissant entre des secondes mains adroites et parfois très drôles (Monsieur Emile, la ravissante Maud, Raoul, etc.) et les deux protagonistes qui tiennent le haut de l’affiche, à savoir le monstre et Lucile, héroïne plutôt fade si l’on s’en tient à sa seule texture visuelle. Le réalisateur et son équipe ne s’en cachent pas vraiment et privilégient d’ailleurs les intrigues secondaires aux numéros chantés par le duo, vaste prétexte à introduire une B.O. commerciale et pas vraiment détonante au regard de la fantaisie dont se réclame l’ensemble.

La mise en scène révèle de belles surprises, en caméra subjective par exemple, mais celles-ci ne suffisent pas à hisser notre monstre à Paris au-delà d’une réécriture sympathique et un peu simpliste de la Belle et la Bête, indépassable modèle auquel on songe à plus d’un égard. La créature en question n’est effrayante qu’au dernier degré (alors que la Bête apparaissait d’abord sous un jour cruel, voire antipathique) et les dialogues appuient trop la dénonciation polie des apparences et du conformisme que le long-métrage s’attache à mettre en œuvre (songeons à la dernière séquence, très démonstrative). Reste un divertissement agréable, qui proposera au jeune public un univers fantaisiste et gentiment décalé, mais dont les intentions mercantiles auraient gagné à être un peu mieux déguisées.