
You! you! you! – Jean Aicard

You! you! you!… Plus les cris sont aigres,
Plus on est agréable à Dieu!
Ils sont là dix ou douze nègres
Qui semblent danser dans du feu.
Trois d’entre eux font de la musique;
Les autres dansent follement
Une danse d’épileptique
Digne de l’accompagnement.
L’un–tous font grimacer leur masque,–
Heurte un thebel avec du bois;
L’autre frappe un tambour de basque;
L’autre siffle dans un hautbois.
Dansez! hurlez! sonnez ensemble,
Rhaëta, thebel et banndir!…
L’air frissonne et la terre tremble!
Il faut crier, hurler, bondir!
Gorge au vent et poing sur la hanche,
Saute une femme au milieu d’eux,
Noire comme une âme de blanche,
Belle parce qu’ils sont hideux!
–«Dites-moi donc, ô noire belle,
Pourquoi ces danses, ces chansons?»
–«L’enfant est mort, répondit-elle,
Et nous chantons, et nous dansons!
«Car son âme, douce colombe,
Vole à présent vers le seul Dieu!
Et nous dansons là, sur sa tombe!…
Adieu, mon fils, dit-elle, adieu!»
Et comme prise de démence,
Étouffant sous des cris ses pleurs,
La jeune mère recommence
A bondir, folle de douleurs!
La source de vie est amère
Comme l’eau des déserts affreux…
Ton enfant est mort!… Danse, mère!
Il ne sera pas malheureux!
L’air frissonne et la terre tremble!
Il faut rire, danser, bondir!
Frappez! hurlez! sonnez ensemble,
Rhaëta, thebel et banndir!























