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Rocaille – Marie Krysinska

Rocaille – Marie Krysinska

Le jeune abbé du Plessys
Depuis
Que Marquisette va, le menant
À la laisse d’un amour décevant
Dépérit à vue d’œil, sans cesse est prêt de choir,
Sa passion et les dragées de son drageoir
Lui servent d’unique aliment.

En promenade il suit l’inhumaine, portant
Son éventail et son bouquet, d’un air mourant,
Comme si ce poids léger
Autant qu’un monde pesait.

Tant que notre galant ne s’écarte pas trop
Du ton de causerie honnête —
Où l’on parle de Monsieur Diderot
D’un incident du jeu chez le Roi, du tableau
Nouvellement produit par Greuze — Marquisette
Babille avec l’abbé, s’anime, tel un clerc,
À lui tenir tête.

Et il faut voir comme cela lui va
L’animation, qui fait l’incarnat
De son teint plus vif, l’œil plus clair
Près de la chevelure poudrée à frimas.

Mais si, d’aventure, l’abbé
Risque un madrigal enflammé
Marquisette
Laisse dire, sans se fâcher,
Seulement, à ce point distraite,
Le regard, au loin, si perdu,
Que l’on pourrait gager
Qu’elle n’écoute plus.

La séduisante prude raffole des bêtes ;
Ce qui parfois
Fait dire à Monsieur du Plessys
Amèrement, qu’à cause de cela
Il garde un peu d’espoir — entendant par ceci
Que l’Amour l’a rendu mieux que les bêtes, bête.

Dans une volière d’or, s’ébat un essaim
D’oiseaux privés
— Les familiers de Marquisette —
Qui, par sa voix appelés,
Viennent se poser
Sur ses blanches épaules et sur son beau sein,
Formant une guirlande qui l’enlace
De grâce
Et digne, à tous égards
Du pinceau de Fragonard.

Toutefois, l’animal le mieux aimé,
Le chéri et le benjamin
Est un bichon blanc, ondulé
À frimousse de Scaramouche, au nez mutin.

Or, un jour que Marquisette
Serre son précieux bichon entre ses bras,
L’abbé assis,
Rêveur, sur le banc, auprès de celle qui tient
Toute son âme, — en même temps que le chien —
L’abbé donne un baiser à la petite bête
Qui lui répond, par un grognement discourtois.

Cependant Marquisette, qui veut payer
Les dettes de son favori,
Rend le baiser
À Monsieur du Plessys —
De l’aubaine grandement ahuri —
Sans trop savoir ce qu’elle fait.

Or, pauvre amant, sachez-le bien,
Qu’en vous accordant ce doux bien,
Votre belle céda
À la passion qu’elle a
Pour son chien.

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