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Promenade à Versailles – Albert Mérat

Promenade à Versailles – Albert Mérat

Il fait beau ; c’est l’été. Ne parlons pas des Chambres :
Laissons ces deux grands Corps invalider leurs membres.
Causons… l’instant est court entre les longs hivers
Pour marcher au soleil et réciter des vers.
Rappelons-nous le temps d’extase et de folie
Où nous sommes allés tous deux en Italie,
Et sur cette terrasse ombreuse aux beaux lointains
Revoyons les soirs clairs, les merveilleux matins
Où, vrais lazzaroni, sur la fraîcheur des marbres
Nous buvions la beauté de la ville sans arbres,
De Venise, où l’air bleu vous dit en souriant
Qu’il arrive de Grèce et connaît l’Orient.
Revenant à ces jours de jeunesse première,
Sous notre ciel brumeux, parlons de la lumière,
Et sans peur d’offenser quelque chose ou quelqu’un,
Évoquons Véronèse en face de Le Brun.
Laissons, nous souvenant des nuits sur la lagune,
Dormir les pièces d’eau sans en troubler aucune !
Et ville morte pour ville morte, aimons mieux
Celle où la poésie a plus chaud, où nos yeux
Qu’offense et blesse ici le marbre des perruques,
Suivaient d’une caresse amoureuse les nuques,
Et par les cheveux blonds des femmes éblouis
Ne songeaient guère au roi qui s’appela Louis.

Reverrons-nous jamais la courbe des gondoles,
Les grands Christs byzantins pareils à des idoles ?
Rien n’est plus sérieux au monde que le beau.
Trop de souffles obscurs menacent le flambeau
Du rêve. Le destin, âpre comme la bise,
L’éteint bien plus souvent, hélas ! qu’il ne l’attise.
Souffrons qu’un souvenir léger et frais encor
En tire quelquefois des étincelles d’or.

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