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Raoul Ponchon — Un poème par jour, pendant cinquante ans

Raoul Ponchon — Un poème par jour, pendant cinquante ans

1848 — 1937

Absinthe, je t’adore, certes !
Il me semble, quand je te bois,
Humer l’âme des jeunes bois,
Pendant la belle saison verte !

L’Absinthe

Pendant un demi-siècle, il a fourni aux journaux un poème par jour. Sur l’actualité, sur un fait divers, sur une invention d’Edison, sur le prix du vin, sur rien. Des dizaines de milliers de vers, écrits le matin pour paraître le soir.

Et il n’a publié son premier livre qu’à soixante-douze ans.

Le métier oublié de gazetier en vers

C’était un métier, et il l’a exercé mieux que personne. La gazette rimée était une rubrique de journal comme une autre : on prenait le sujet du jour et on le mettait en couplets, avec la contrainte d’être drôle et d’être à l’heure.

Ponchon avait pour cela un don extraordinaire, une facilité qui ne devient jamais du remplissage. Ses distiques ont la sécheresse d’un bon mot ; ses ballades tiennent la route ; sa langue est celle du comptoir sans jamais être vulgaire.

Le vin, et ce qu’il y a derrière

Son sujet permanent, c’est la boisson — le vin, l’absinthe, le cabaret, les deux trottoirs d’une rue de nuit. Cela lui a valu une réputation de poète pochard qui l’a suivi jusqu’à sa mort et qui rate l’essentiel.

Lisez « L’Absinthe ». Il n’y a pas d’ivrognerie là-dedans : il y a un homme qui, dans le verre, retrouve l’odeur des jeunes bois et voit des cieux autrefois habités. C’est un poème sur ce que la boisson permet d’apercevoir, écrit par quelqu’un qui savait exactement ce que cela coûtait.

Ami de Richepin, de Rollinat, de toute la bohème du Chat Noir, il a vécu très vieux, très pauvre et très entouré. Il est mort en 1937, à quatre-vingt-neuf ans.

Ce que le Vagabond en garde

Près de deux cents pièces, prises dans cette production de fleuve. Elles ont la fraîcheur des choses écrites vite et bien, et l’on y trouve ce qu’on ne trouve nulle part ailleurs : ce à quoi ressemblait une journée ordinaire à Paris entre 1880 et 1930, vue par quelqu’un qui devait en tirer huit vers avant midi.

Choix de textes

  • L’Absinthe — Non pas l’ivrognerie, mais ce que le verre permet d’apercevoir.
  • Au Cabaret — Une invention d’Edison commentée au comptoir. Le gazetier en vers à l’ouvrage.
  • L’Or du vin — Son sujet permanent, traité en orfèvre.
  • Les deux Trottoirs — Une rue de nuit, et deux façons d’y être. Sans une once de morale.
  • Le Monôme — Le défilé d’étudiants, spectacle parisien qu’il a chroniqué des dizaines de fois.
  • Mi-Carême — Une fête du calendrier, matière première du poète de journal.
  • La Mort de Pelloquet — Un tombeau pour un obscur. Il en a écrit beaucoup, et ce sont ses meilleurs.
  • Distiques — Deux vers, une pointe. La forme la plus courte, et la plus exigeante.
  • Le Premier Moutardier du Pape — Une expression prise au mot et déroulée jusqu’au bout. Sa méthode comique.
  • Nocturne — Le titre le plus sérieux de sa production, et le poème l’est aussi.

Pour le lire

La Muse au cabaret (1920) — son premier livre, publié à soixante-douze ans après un demi-siècle de journaux.

La Muse gaillarde (1939, posthume) · Gazettes rimées — le reste dort dans les collections de presse.

Aucune édition courante à ce jour.

Guillain Méjane

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