
Voltaire — Celui qui se croyait d’abord poète

1694 — 1778
Le dieu de la double colline,
L’amour de tous les arts, la haine des dévots ;
Épître 69
Demandez ce qu’a écrit Voltaire : on vous répondra Candide, le Dictionnaire philosophique, l’affaire Calas. On ne vous répondra jamais : des vers.
Lui aurait répondu le contraire. Il s’est considéré toute sa vie comme un poète et un auteur tragique ; la prose qui l’a rendu immortel, il la tenait pour un travail second. Il a écrit une épopée, La Henriade, qu’il croyait être son monument, et des dizaines de tragédies dont plus personne ne connaît un titre.
Les épîtres, ou la conversation en vers
Ce que le Vagabond garde de lui, ce sont ses Épîtres, et c’est le meilleur choix possible. L’épître est une lettre en vers adressée à quelqu’un de précis : un roi, un ami, une actrice, un adversaire. Il faut y être spirituel, rapide, et ne jamais avoir l’air de forcer.
C’est exactement son terrain. Il y est chez lui comme dans une conversation, et l’on entend sa voix — la vraie, celle des lettres : moqueuse, rapide, capable de passer de la plaisanterie à la déclaration de guerre en un hémistiche.
« L’amour de tous les arts, la haine des dévots » : deux moitiés d’alexandrin, et tout un programme de vie. Personne ne s’est jamais mieux résumé.
Pourquoi on ne les lit plus
Le vers du XVIIIe siècle a mauvaise presse, et pas sans raison : la poésie y était devenue un exercice de société, réglé, poli, sans mystère. Le romantisme est passé là-dessus comme une charrue.
Mais l’exercice de société, quand il est tenu par quelqu’un de cette taille, produit autre chose : une machine à penser vite. Ses épîtres sont pleines d’idées qu’on retrouvera vingt ans plus tard dans les articles, essayées d’abord en rimes devant un destinataire unique.
Il est mort à Paris en 1778, à quatre-vingt-trois ans, dans un triomphe. On l’a enterré clandestinement, l’Église lui refusant une sépulture.
Choix de textes
- Épître 69 — « L’amour de tous les arts, la haine des dévots. » Il ne s’est jamais mieux résumé.
- Épître 32 — La conversation en vers, à son meilleur régime.
- Épître 44 — Le passage de la plaisanterie à l’attaque, en un hémistiche.
- Épître 11 — Une lettre à quelqu’un de précis. C’est ce qui donne son ton à la forme.
- Oh ! que ce monde est rempli d’enchanteurs — Le vers léger dont il se servait comme d’une arme.
- Sésostris — L’Égypte convoquée pour parler d’autre chose. Sa méthode habituelle.
Pour le lire
Épîtres — la conversation en vers, où l’on entend sa voix la plus juste.
La Henriade (1723) — l’épopée qu’il croyait être son monument.
Le reste, on le connaît : Candide, le Dictionnaire philosophique, les Lettres philosophiques.
Guillain Méjane























