
Poème 158 – Pierre de Ronsard

Contre le ciel mon coeur étoit rebelle,
Quand le destin, que forcer je ne puis,
Me traina voir la Dame à qui je suis,
Ains que vestir cette escorce nouvelle.
Un chaut adonc de moëlle en moëlle,
De nerfs en nerfs, de conduits en conduits,
Vint à mon coeur: dont j’ai vescu depuis,
Or en plaisir or en peine cruelle.
Si qu’en voiant ses beautés, & combien
Elle est divine, il me resouvint bien
L’avoir jadis en paradis laissée:
Car des le jour que j’en refu blessé,
Soit pres ou loin, je n’ai jamais cessé
De l’adorer de fait ou de pensée.























