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Reste Française – Nérée Beauchemin

Reste Française – Nérée Beauchemin

Ton idéal est assailli,
Enfant, la lutte recommence.
Garde la fière accoutumance
D’un parler qui n’a pas failli.
Garde ce pli
Noble et joli.

Que tous ces vieux mots, ritournelles
Pures de vulgaire patois,
Rappellent, prolongent ces voix
De bonnes âmes maternelles
Qui, telles quelles,
Sont éternelles.

Nargue du puriste moqueur !
Payse, il est dans maint volume,
Écrit par mainte fine plume,
Ce terme d’ancien chroniqueur,
Qui, dans ton cœur,
Règne en vainqueur.

Chrétienne, honore l’humble école.
Qu’elle t’enseigne à sa façon,
Par vive et vocale leçon,
La foi qui jamais ne viole
Le grand symbole
De la parole.

Vénère ton français vieillot,
Par la peur et par la racine,
C’est parfois un peu du Racine,
Du Villon, du Remy Belleau,
Et du Boileau
Clair comme l’eau.

N’imite pas la veulerie
Des lâches qui se tiennent cois.
Fille du sol, fais ce que dois.
Front haut, revendique l’hoirie,
L’ancestrerie
De ta patrie.

Fais reluire en toute beauté
Tout le pur or sans alliage,
Le bel or franc du bon Langage,
Non par bravade et vanité,
Mais par fierté
De royauté.

Sur tes lèvres, qu’il ne se taise
Le doux parler de tous tes jours.
Au vieux Québec de nos amours,
Comme en toute province anglaise,
Sois toujours aise
D’être française.